L’ornithorynque, preuve que Darwin a de l’humour

30 août 2010

ornithorynqueL’ornithorynque est une bizarrerie de l’évolution, dont on dit parfois qu’il est la preuve que Dieu (ou Darwin) a de l’humour. Outre son aspect visuel pour le moins déroutant, il combine de manière étonnante des caractéristiques des mammifères et des reptiles. Le séquençage de son génome a été l’objet d’un article de la revue Nature en mai 2008 [1].

Des restes de reptile

L’ornithorynque est un petit mammifère semi-aquatique qui vit dans l’est de l’Australie, et qui a été découvert pour la première fois par les colons britanniques à la fin du XVIIIe siècle. En voyant son bec de canard, sa queue de castor, et ses pattes de loutre, les naturalistes de l’époque ont d’abord cru à un canular. L’ornithorynque occupe en effet une position bien particulière qui le rapproche parfois des mammifères et parfois des reptiles.

Une des caractéristiques les plus connues de l’ornithorynque est qu’il s’agit d’un mammifère qui pond des oeufs. Toutefois contrairement aux mammifères classiques, l’allaitement ne se fait pas au moyen de mamelons, mais grâce à des petits pores par lesquels le lait est secrété, et s’accroche aux poils de la mère que les petits viennent lécher. Autre trait inattendu : l’ornithorynque est un mammifère qui possède du venin, qu’il inocule grâce à un aiguillon situé sur ses pattes postérieures. Ce sont là des restes de caractères reptiliens, qui ont disparu chez les autres mammifères.

Une place à part

L’étude parue dans Nature permet de mieux comprendre la place des ornithorynques dans l’arbre de l’évolution. On distingue en effet 3 types de mammifères :

  • les placentaires (l’écrasante majorité des mammifères, y compris l’homme) dont les petits se développent dans le ventre de leur mère, où ils sont alimentés par le placenta;
  • les marsupiaux (comme les kangourous ou les koalas), dont les petits naissent dans un état proche du foetus, et qui finissent leur développement dans une poche externe;
  • et enfin les monotrèmes (les ornithorynques et les echidnés, de proches cousins à eux), qui pondent des oeufs.

Les analyses génétiques ont permis d’établir que les monotrèmes s’étaient dissociés plus tôt (il y a 166 millions d’années) des autres mammifères, placentaires et marsupiaux, qui ne se sont séparés qu’il y a 148 millions d’années. Les ornithorynques occupent donc une place bien à eux, et constituent un terrain de jeu formidable pour l’évolution.

Extrait de l’article de Nature [1] montrant la séparation il y a 166 millions d’années de la lignée des ornithorynques

Je ne peux m’empêcher de voir l’ornithorynque comme une grande réalisation de la théorie de l’évolution. D’ailleurs pour appuyer ma thèse de la suprématie de l’ornithorynque, ils disposent d’une faculté qu’aucun autre animal ne possède : ils détectent les champs électriques ! Ils possèdent en effet sur le bec de petits récepteurs qui sont sensibles aux champs électriques émis par les muscles des autres animaux, et peuvent en bougeant la tête déterminer la direction de leur proie, notamment sous l’eau : c’est l’électro-localisation.

Enfin même la génétique de la reproduction le distingue des autres. Alors que le sexe des mammifères est gouverné par une paire de chromosomes (XX pour les femelles, XY pour les mâles), le sexe de l’ornithorynque est déterminé par 5 paires de chromosomes : XXXXXXXXXX pour les femelles, XYXYXYXYXY pour les mâles ! Je vous laisse imaginer les combinaisons intermédiaires.

L’ornithorynque est décidément un animal passionnant !

Pour les passionnés de l’ornithorynque, l’article en accès libre publié en 2008 dans la revue Nature, et dans lequel on trouve notamment la reconstitution de l’arbre de l’évolution, avec les séparations successives entre oiseaux, reptiles et mammifères placentaires, marsupiaux et monotrème :

[1] W.C. Warren, Genome analysis of the platypus reveals unique signatures of evolution, Nature 453, 175-183 (8 May 2008)

Crédits

  • Photo d’ornithorynque : Wikimedia Commons
  • La figure de l’arbre phylogénétique est extraite de l’article [1]

Premier billet

30 août 2010

Bonjour à tous, et bienvenue sur ce blog tout frais !

Mon plaisir ici sera de vous parler des ces résultats scientifiques qui m’amusent, m’étonnent ou tout simplement m’intéressent. La science étant souvent affaire de passion, j’espère ainsi vous faire partager la mienne, vous faire découvrir de nouveaux horizons, mais aussi (plus égoïstement) me forcer à approfondir certaines connaissances.

J’y parlerai de physique (qui est mon domaine de recherche) mais aussi de mathématiques, de chimie, de biologie, sans oublier les sciences humaines et sociales.

Plusieurs des thèmes que je compte aborder ici au début sont des classiques de la vulgarisation scientifique. Le lecteur chevronné voudra donc bien me pardonner si certaines de mes histoires ont déjà été vues dans d’autres endroits. Mais j’essaierai également de faire quelques incursions dans de la recherche plus moderne, tout en essayant de rester accessible à ceux qui ne sont pas pour autant des spécialistes du domaine !

Bien entendu, n’hésitez à me faire part de vos remarques ou commentaires,


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