L’effet d’ancrage — Crétin de cerveau #2

27 mai 2016

Deuxième biais cognitif de la série, l’effet d’ancrage !

En complément je vous mets d’autres exemple de l’effet d’ancrage avec des ancres « absurdes ».

Voici tout d’abord le tableau des ancres (plausibles et absurdes)

Capture d’écran 2016-05-27 à 18.16.47

Et maintenant le tableau des résultats des estimations

Capture d’écran 2016-05-27 à 18.17.12

Quelques publications de référence :

TVERSKY, Amos et KAHNEMAN, Daniel. Judgment under uncertainty: Heuristics and biases. science, 1974, vol. 185, no 4157, p. 1124-1131. http://people.hss.caltech.edu/~camerer/Ec101/JudgementUncertainty.pdf

STRACK, Fritz et MUSSWEILER, Thomas. Explaining the enigmatic anchoring effect: Mechanisms of selective accessibility. Journal of personality and social psychology, 1997, vol. 73, no 3, p. 437.
http://soco.uni-koeln.de/files/jpsp73.pdf

JANISZEWSKI, Chris et UY, Dan. Precision of the anchor influences the amount of adjustment. Psychological Science, 2008, vol. 19, no 2, p. 121-127.
http://web.missouri.edu/~segerti/capstone/anchorprecision.pdf


L’effet de halo (Crétin de cerveau #1)

20 mai 2016

J’ai décidé de créer une petite série de vidéos consacrées aux biais cognitifs ! Premier épisode, l’effet de halo.

Et maintenant un peu de discussion critique pour ceux que ça intéresse…

Grands leaders et prophéties autoréalisatrices

Au sujet du fait que tous les présidents des États-Unis font plus d’1m80, une question que l’on doit légitimement se poser est quand même de savoir si les personnes plus grandes que la moyenne n’auraient pas effectivement une plus grande aptitude au leadership, simplement par effet de prophétie autoréalisatrice. On pourrait imaginer que dès leur plus jeune âge, les enfants plus grands soient naturellement mis en situation de « commander », et finissent précisément par développer les qualités nécessaires à cette tâche.

Cette possibilité me rappelle un peu l’histoire rapportée par le génial auteur américain Malcolm Gladwell dans son livre Outliers : près de la moitié des hockeyeurs pro canadiens sont nés au premier trimestre de l’année. Pas parce que le fait d’être né au premier trimestre est intrinsèquement un avantage, mais parce que plus jeunes, ces enfants sont physiquement plus avancés, donc ce sont eux qui ont les meilleurs performances, donc eux qu’on encourage et qu’on stimule…et qui finissent professionnels ! (voir ici par exemple)

Bref, il pourrait très bien y avoir un effet autoréalisateur similaire avec les grands hommes politiques (pour les femmes politiques, j’ai peur qu’on manque encore un peu de base statistique.)

Sur le rôle de la taille sur le salaire, je n’ai pas précisé dans la vidéo, mais l’étude statistique que je mentionne prenait bien sûr en compte l’effet du sexe. Si ça n’avait pas été le cas, c’eût été un bel exemple de paradoxe de Simpson (« les grands sont mieux payés car les hommes sont mieux payés et les hommes sont plus grands »). Mais non, l’effet subsiste bien dans chaque sexe.

La liste des tailles des présidents américains sur Wikipédia

Judge, T. A., & Cable, D. M. (2004). The effect of physical height on workplace success and income: preliminary test of a theoretical model. Journal of Applied Psychology, 89(3),
428.

Ok Cupid est-il une source valable ?

Je trouve les résultats d’Ok Cupid vraiment très intéressants, et je pense qu’ils nous disent vraiment quelque chose sur la nature humaine. Et pourtant, il faut quand même remarquer qu’un certain nombre de problèmes méthodologiques font qu’en tant que tels, ces résultats ne sont pas de qualité « publiable » dans une revue à comité de lecture. Voici quelques pièges que j’ai pu relever.

Sur la corrélation « note de physique » / « note de personnalité », il y a un effet qui est qu’on demande à tout le monde de mettre successivement les deux notes. Il ne faut donc pas s’étonner qu’on trouve une corrélation certaine. Simplement parce que c’est peut-être trop « fatiguant » pour notre cerveau de réfléchir vraiment à deux notations différentes. Pour une expérience valable, il aurait fallut que 50% des utilisateurs aient uniquement à noter le physique, et les 50% uniquement la personnalité.

Même avec une telle précaution, il reste un facteur de confusion possible, qui est « le soin apporté à la constitution du profil ». On peut imaginer que certaines personnes vont mettre beaucoup de soin dans leur profil (photo ET texte), tandis que d’autres auront une approche moins « pro » de la question et auront tendance à négliger les deux.

L’expérience proposée par OkCupid est vraiment intéressante, notamment parce qu’elle démontre le fait qu’on ne peut pas se contenter d’observations a posteriori pour tirer de bonnes conclusions. Je trouve donc bien qu’ils aient poussé jusqu’à réaliser une vraie expérience de manipulation. Il reste un problème toutefois, c’est que l’échantillon est restreint par le bon vouloir des gens. Normalement on constitue un groupe, puis on lui fait subir l’expérience sans qu’il ait trop le choix. Ici, ceux qui participent à l’expérience (qui mettent une note) le font sur une base volontaire. On peut imaginer que face à un profil vide, plein de gens vont refuser d’attribuer une note de personnalité.

Physique et personnalité

L’étude « fondatrice » dont je parle sur les liens entre physique et personnalité est en fait plus vaste que ce que j’ai rapporté dans la vidéo. Outre le fait de noter les photos en terme de caractéristiques de personnalité, les sujets de l’expérience devaient aussi noter un certain nombre d’autres critères comme la capacité à être un bon conjoint, un bon parent, leur bonheur supposé dans la vie, etc. Toutes les qualités attribuées étaient corrélées avec l’attractivité physique, à l’exception de la capacité (estimée) à être un bon parent. Par contre, il y avait un énorme impact de l’attractivité physique sur la capacité (estimée) à être un bon conjoint : on passe d’une note de 0,37 à une note de 1,70.

Dion, K., Berscheid, E., & Walster, E. (1972). What is beautiful is good. Journal of personality and social psychology, 24(3), 285.

Justice et physique ?

L’expérience sur la justice fait un peu froid dans le dos, mais on peut quand même la relativiser avec des observations. Tout d’abord il s’agissait d’une expérience, c’est-à-dire d’une tâche « simulée », pas d’un véritable procès. Ensuite les sujets de l’expérience étaient des quidams, pas des juges professionnels. (Même si rappelons le dans un jury d’assises, les jurés sont des citoyens lambda !). Et puis la faute à juger était un truc relativement bénin (tricherie à un examen). On peut espérer que dans de véritables situations, l’effet soit moins prononcé…mais c’est à peu près évident qu’il doit exister, non ?

Efran, M. G. (1974). The effect of physical appearance on the judgment of guilt, interpersonal attraction, and severity of recommended punishment in a simulated jury task. Journal of Research in Personality, 8(1), 45-54.


L’Eve mitochondriale et l’Adam Chromosome Y

6 mai 2016

Quelques précisions et références comme d’habitude :

Sur le fait que le chromosome Y ne subit pas de recombinaison génétique…ça n’est pas tout à fait vrai ! Il existe de petites régions homologues entre les chromosomes X et Y et dans lesquelles une recombinaison peut avoir lieu. Ces régions dites « pseudo-autosomiques » ne concernent que quelques % du chromosome Y (Voir par exemple Pseudoautosomal regions)

Sur la datation de l’Eve mitochondriale et de l’Adam Chromosome Y, voici une référence relativement récente :

Poznik, G. D., Henn, B. M., Yee, M. C., Sliwerska, E., Euskirchen, G. M., Lin, A. A., … & Bustamante, C. D. (2013). Sequencing Y chromosomes resolves discrepancy in time to common ancestor of males versus females. Science, 341(6145), 562-565.

Tout en sachant que les estimations peuvent varier si de nouvelles études plus précises sont conduites. En particulier le fait d’inclure un échantillon plus représentatif de la population humaine actuelle peut amener à réviser l’estimation (généralement en reculant dans le passé la datation de l’Adam ou de l’Eve). Mais autre facteur d’erreur, c’est l’estimation du taux de mutation sur le chromosome Y et les mitochondries. Sur ce point, la référence sur laquelle je me suis basée est celle-ci :

Helgason, A., Einarsson, A. W., Guðmundsdóttir, V. B., Sigurðsson, Á., Gunnarsdóttir, E. D., Jagadeesan, A., … & Stefánsson, K. (2015). The Y-chromosome point mutation rate in humans. Nature genetics, 47(5), 453-457.

On y trouve que le taux de mutation est de l’ordre de 0.7 sur 1 milliard par position et par an. Pour une génération (disons 25 ans) et à la louche 50 millions de bases sur le chromosome Y, on tombe sur le chiffre de en gros 1 mutation par génération sur le chromosome Y. J’insiste sur le « en gros », car je n’ai pas creusé ce point. Dans la vidéo mon idée était surtout de donner un ordre de grandeur de ce taux de mutation. Notamment il existe des études sur le fait que le taux de mutation ait pu varier au cours du temps.

Sur l’ancêtre commun le plus récent, indépendamment de la lignée (paternelle ou maternelle), la publication suivante aborde la question sous l’angle de la modélisation statistique :

Rohde, D. L., Olson, S., & Chang, J. T. (2004). Modelling the recent common ancestry of all living humans. Nature, 431(7008), 562-566.


Fusion vs Fission nucléaire

22 avril 2016

Une petite vidéo pour lever le voile sur ces deux manières — en apparence contradictoires — de produire de l’énergie.

Quelques billets reliés :

 


Le deep learning

8 avril 2016

Vous entendez parler du deep learning, mais vous n’en avez pas encore compris la profondeur ? Cette vidéo est faite pour vous !

Fidèle à mon habitude, voici la liste des choses essentielles, mais pourtant éliminées par manque de place et pour rester accessible au plus grand nombre. Lire la suite »


Vache folle et prions

25 mars 2016

Cette semaine, je vous propose une fois de plus une vidéo de bio, qui parle des maladies à prions.

Sur ce sujet relativement récent, j’ai dû assez souvent retourner aux publications scientifiques d’origine, et je voudrais donc ici revenir sur quelques points et apporter plusieurs précisions. Lire la suite »


Jeu de Go, intelligence artificielle et le 19e coup

13 mars 2016

J’ai pondu une petite vidéo de réaction à chaud sur la victoire du programme informatique AlphaGo sur le champion de jeu de go Lee Sedol. La vidéo est sortie à 2-0 pour AlphaGo. A l’heure où j’écris ces lignes, on en est à 3-1 et il reste une manche à jouer. Mais AlphaGo a donc gagné la confrontation.

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