La méditation, c’est bon. Mangez-en !

On ne compte plus le nombre de livres ou de personnes qui vous vantent les bienfaits de la méditation. Depuis plusieurs années, une équipe conjointe de l’université de Dalian en Chine et de l’université d’Oregon aux USA tente de mettre en évidence, de manière scientifiquement rigoureuse, les bienfaits de la méditation .

Alors pour se faire une idée sur la question, voici un petit tour d’horizon de quatre de leurs papiers les plus importants, qu’on peut penser plutôt sérieux car tous publiés dans la prestigieuse revue PNAS (Proceedings of the National Academy of Science).

Comment évaluer rigoureusement les impacts de la méditation ?

A priori, réaliser une étude scientifique sur les éventuels bienfaits de la méditation n’est pas chose facile. Comme dans les évaluations de médicaments, pour faire une bonne étude de ce genre il faut comparer un « groupe test » (ceux qui méditent) et un « groupe de contrôle » (ceux qui ne méditent pas).

Mais si on prend comme « groupe test » une population de gens qui méditent depuis longtemps, on risque de créer des biais. Il est en effet vraisemblable que les gens qui méditent depuis longtemps ont aussi des modes de vie bien spécifiques (alimentation, activité, sommeil,…) et différents du groupe de contrôle.

Pour bien isoler de manière spécifique les bienfaits de la méditation, il faut donc partir d’individus qui ne la pratiquent pas au départ, et les diviser en deux groupes à peu près identiques : on fera méditer le premier pour créer le « groupe test« , et le second servira de « groupe de contrôle« .

La méditation IBMT

Pour leurs études, Tang et ses collaborateurs se sont intéressés à une forme bien particulière de méditation, appelée IBMT pour Integrative Body-Mind Training (Gymnastique intégrée du corps et de l’esprit, en français). L’IBMT est apparue dans les années 90 et est dérivée de pratiques traditionnelles chinoises. C’est une forme de méditation qui semble particulièrement simple et rapidement effective, et qui est composée à la fois de relaxation corporelle, d’exercices de respiration et d’imagerie mentale.

Nos chercheurs ont donc recruté quelques dizaines de cobayes (des étudiants); ils ont donné à la moitié un entraînement à base d’IBMT, alors que l’autre moitié était initiée à des techniques de relaxation plus usuelles. L’entraînement en question était relativement modéré : 20 à 30 minutes de pratique par jour pendant 1 à 4 semaines. Et au bout de ce temps, ils ont cherché à mesurer des différences entre les deux groupes.

Les impacts sur le comportement

Dans un premier papier [1], nos chercheurs ont mesuré l’impact de la pratique de la méditation IBMT sur le comportement des sujets. Ils ont fait passer à leurs deux groupes différents tests d’attention, d’humeur ou de résistance au stress, et ce avant et après leurs semaines de pratique. Ils ont pu ainsi vérifier que le groupe ayant pratiqué l’IBMT obtenait des scores significativement meilleurs que le groupe n’ayant fait que de la relaxation traditionnelle.

En particulier, ils ont fait subir à leurs sujets une épreuve d’arithmétique (sensée être stressante !) au cours de laquelle ils ont mesuré le taux de cortisol dans leur salive. Cette molécule est une hormone du stress et sa concentration dans notre salive est censée révéler notre niveau d’anxiété. Eh bien figurez vous qu’au cours de l’épreuve d’arithmétique, le groupe IBMT présentait des taux de cortisol inférieurs au groupe de contrôle.

Les impacts physiologiques

Dans un second papier [2], les auteurs ont ensuite voulu estimer les changements physiologiques. Ils ont donc comparé le rythme cardiaque, le rythme et l’amplitude de la respiration, la conductance de la peau (un indicateur de stress) ainsi que les afflux sanguins dans différentes zones du cerveau.

Comme vous vous en doutez, après quelques semaines de pratique nos sujets ayant pratiqué l’IBMT possèdent un rythme cardiaque et respiratoire plus faible, une amplitude de respiration plus importante et une conductance de la peau moins élevée !

Mais ça n’est pas tout, car en observant en IRM l’irrigation sanguine des zones cérébrales, ils ont constaté une augmentation de celle-ci dans une zone appelée cortex cingulaire antérieur (CCA). Le CCA est connu pour son rôle dans la régulation de la pression et du rythme cardiaque, ainsi que dans la prise de décision et la maîtrise des émotions. Il s’agit d’une sorte de zone du self-control. Pour les amateurs de méditation, c’est donc sans surprise que cette zone se trouve mieux irriguée dans le groupe IBMT que dans le groupe de contrôle.

Comment la méditation modifie le cerveau

Pour leur troisième étude [3], l’équipe a poussé encore plus loin, en essayant de détecter des changements induits par la méditation dans la structure et l’organisation de notre cerveau. Ils se sont intéressé à un tissu cérébral particulier, la substance blanche, qui relie entre elles différentes aires cérébrales au moyen de fibres formées par les axones des neurones.

L’image ci-contre montre une visualisation des fibres de substance blanche obtenue en IRM par la technique dite du tenseur de diffusion. Dans cette méthode, on observe la diffusion des molécules d’eau dans les fibres et on considère que plus celle-ci est anisotrope, meilleure est l’intégrité et la qualité de la fibre.

Il est connu que la structure de la substance blanche peut se modifier sous l’effet de l’exercice, comme par exemple la lecture ou divers entraînements cérébraux. C’est ce qu’on appelle la plasticité cérébrale.

Nos auteurs ont donc voulu voir si la substance blanche pouvait se modifier aussi par la méditation, comme elle peut l’être par des entrainements cérébraux.

Comme vous vous en doutes, la réponse est oui !

La figure ci-contre montre diverses aires cérébrales pour lesquelles les auteurs ont mesuré une amélioration de la structure de la substance blanche chez les sujets ayant suivis l’IBMT, mais pas chez ceux n’ayant fait que de la relaxation.

Des modifications cérébrales spécifiques de la méditation ?

Encore plus fort, dans le plus récent des articles sorti la semaine dernière [4], ils ont pu préciser la nature de la modification induite par la méditation dans les fibres de substance blanche. En effet quand on mesure une amélioration de la substance blanche, celle-ci peut être due à deux choses : soit une augmentation de la densité et du diamètre des fibres de substance blanche, soit une augmentation de la couche de myéline, cette substance qui recouvre et protège les fibres nerveuses.

Quand la pratique cérébrale (lecture, entrainements) améliore la qualité de la substance blanche, elle le fait uniquement via l’augmentation de la myéline sur les fibres. Le second mode, l’augmentation de la densité et du diamètre des fibres, ne se produit semble-t-il qu’aux différents stades du développement cérébral des enfants.

Ce qu’ont mis en évidence nos chercheurs, c’est que la méditation semble agir sur les deux modes, en tout cas dans certaines zones cérébrales bien déterminées. Cela tendrait à prouver que la méditation de type IBMT aurait des effets spécifiques, qu’on ne retrouve pas dans les autres formes d’entraînement cérébral.

Je ne sais pas si tout ça va suffire à me convaincre de pratiquer la méditation, mais ça mérite d’être creusé !

Pour aller plus loin…

Dans ce genre d’étude, il faut parfois être prudent quand on annonce des différences dites « significatives ». Comme toujours, il s’agit de « significatif » au sens statistique du mot, ce qui est différent du sens commun qui peut être synonyme de « important ». En l’occurrence dans les 4 études que je rapporte ici, les changements sont assez faibles voire franchement faibles. Mais leur significativité statistique (au travers du fameux « petit p ») est suffisante pour une publication scientifique. Pour autant, n’espérez pas diviser par 2 votre rythme cardiaque avec quelques jours de méditation !

Enfin d’après ma neurologue domestique bien-aimée, les interprétations du papier [4] sur les différentes composantes de la fraction d’anisotropie sont à prendre avec prudence, car les liens entre les signaux de DTI (diffusivité radiale et axiale) et leur interprétation (couche de myéline et densité des fibres) ne sont probablement pas aussi tranchés que ça. Elle s’étonne d’ailleurs que les auteurs aient pu faire 4 PNAS en 5 ans sur le même sujet !

[1] Y.-Y. Tang et al., Short-term meditation training improves attention and self-regulation, PNAS 104 – 43 (2007)

[2] Y.-Y. Tang et al., Central and autonomic nervous system interaction is altered by short-term meditation, PNAS 106 – 22  (2009)

[3] Y.-Y. Tang et al., Short-term meditation induces white matter changes in the anterior cingulate, PNAS 107 – 35 (2010)

[4] Y.-Y. Tang et al., Mechanisms of white matter changes induced by meditation, PNAS Early Edition, http://www.pnas.org/cgi/doi/10.1073/pnas.1207817109

Les papiers sont accessibles sur le site de YY Tang.

6 réflexions sur “La méditation, c’est bon. Mangez-en !

  1. Bonjour,
    je m’intéresse à cette question de la méditation, en particulier au travers de la MBSR (mindfulness based stress reduction) développée par John Kabbat-Zinn. Existe-t-il en France des centres ou des organismes qui enseignent ou proposent des stages de IBMT?

  2. Pingback: Blog Audio 4: Science Étonnante – La méditation, c’est bon. Mangez-en !

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