Pando : Le plus gros et le plus vieil être vivant du monde ?

Aujourd’hui, je voudrais vous parler d’un individu étrange que certains n’hésitent pas à considérer comme le plus gros et le plus vieil être encore vivant sur Terre. Non, je ne vous parle pas d’un humain, ni même d’un improbable animal.

C’est tout simplement un arbre.

Ou plutôt des arbres.

Enfin non, UN arbre.

1024px-FallPando02

L’intéressé se trouve dans une forêt de l’Utah aux États-Unis, et appartient à l’espèce dite des peupliers faux-trembles. Et ce qui fait sa particularité, c’est qu’il est constitué de près de 40 000 troncs répartis sur 44 hectares. On lui a d’ailleurs donné le petit nom de « Pando », ce qui signifie « Je m’étends » en latin.

Alors là vous allez me dire : « s’il a 40 000 troncs, ça fait 40 000 arbres, patate ! » Eh bien non, car tous ces troncs forment ce qu’on appelle une colonie clonale : ils sont tous reliés entre eux, et sont des clones les uns des autres.

Comment est-ce possible ? Il faut savoir que les plantes pratiquent deux types de reproduction assez distincts. La première, c’est la reproduction sexuée classique (un papa, une maman, des fleurs, des graines, tout ça…). Mais ça n’est pas la seule manière de faire.

Sous certaines conditions les plantes peuvent aussi pratiquer une forme de reproduction asexuée appelée multiplication végétative. Au lieu de donner naissance à un nouvel individu (comme le fait la reproduction sexuée), elle crée des clones possédant tous le même patrimoine génétique. Rien de très incroyable là-dedans, c’est tout simplement aussi ce qui se passe quand les jardiniers font du bouturage.

Dans le cas de Pando, les racines de chacun de ses troncs s’étendent sous terre, et peuvent ressortir pour donner naissance à un nouveau tronc. C’est ainsi que les 40 000 troncs qui le composent sont tous connectés entre eux par un gigantesque ensemble sous-terrain de racines. Le total pèse environ 6000 tonnes, et font de Pando l’organisme vivant le plus lourd que l’on connaisse.

Si les conditions sont favorables, ce petit jeu de clonage peut durer assez longtemps et conférer à Pando une quasi-immortalité ! Chaque tronc n’aura qu’une durée de vie d’une grosse centaine d’années, mais tant que de nouveaux troncs sont créés, on peut considérer que c’est le même organisme dont il s’agit. Toutefois puisque les troncs disparaissent et sont remplacés, on ne peut pas utiliser le comptage des anneaux pour estimer l’âge total de Pando.

Le chiffre qui revient le plus souvent est d’environ 80 000 ans, mais on ne dispose pas vraiment de méthode fiable pour cette estimation. Certains affirment même qu’il pourrait être vieux d’un million d’années ! En tout cas Pando ne se reproduit plus que par multiplication végétative, et il se pourrait que sa dernière floraison — et donc sa dernière reproduction sexuée — ait eu lieu il y a plus de 10 000 ans.

Le pauvre.


 

Crédits

Pando, Wikimédia Commons, J Zapell

24 réflexions sur “Pando : Le plus gros et le plus vieil être vivant du monde ?

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  2. Les premiers troncs étant morts, il est fort probable que tous les troncs actuels ne soient pas connectés. Il doit y avoir plusieurs « colonies » distinctes.
    A moins que plusieurs racines issues de troncs différents s’associent pour donner un même nouveau tronc.
    Dans le premier cas, il y a plusieurs « colonies ». Peut-on encore parler d' »un seul » être vivant si ses morceaux sont distincts et disjoints ? Reprenons l’exemple du bouturage : s’agit-il d’un nouveau plant ou d’un même plant, en deux parties disjointes ?

    • C’est bien la limite de notre conception d’un « individu ». La reproduction végétative créée-t-elle de nouveaux individus ou simplement une extension du « parent » ? Exemple : un fraisier est relié par un stolon à un second. Selon la définition de l’individu dans cet article, les deux fraisiers ne sont en fait qu’un seul individu. Si je coupe le stolon, j’ai donc spontanément créé deux individus distinct.
      Dans le cas de la multiplication végétative, nos conceptions classiques sont difficilement applicables. D’autant plus, comment savoir si le Pando n’a pas évolué depuis tout ce temps : le facteur temps rajoute une autre définition à l’individu, car s’il est toujours uni par les racines, les arbres d’aujourd’hui ne sont pas forcément les mêmes qu’il y a 100 000 ans. Etant incapable de juger de cette possible différence, pourquoi ne pas considérer comme deux individus différents le premier arbre du Pando de ceux d’aujourd’hui ? 🙂

  3. Dans le cloonage il n’y a pas de modification de l’ADN? Ce type de vie ne s’adapte pas à son environnement et est donc voué à l’extinction… non?
    Au plaisir de vous lire.
    Fabien

    • Justement, le clonage n’empêche pas l’évolution, par conséquent, oui, il peut y avoir des modifications au niveau de l’ADN. Je pense notamment à des modifications d’ordre épigénétique, car on sait qu’elles sont transmissibles (conservable), et pourtant souvent influencées par d’environnement extérieur. D’où ma question plus haut : le facteur temps peut être un facteur clef pour définir deux individus différents (dans le cas où l’on pourrait définir un individu comme un organisme unique et indissocié dont le patrimoine génétique est identique dans chaque cellule et stable au cours de la vie de l’individu)

  4. Ce qui est bien sur ce blog c’est que les articles sont intelligents mais les commentaires aussi. Ça fait quand même plaisir une petite ile perdue sur l’océan d’internet où les gens ne s’insultent pas en permanence.

    Le réflexions de MauRice sont pertinentes. Moi je me pose tout de même des questions :
    1. S’il y a eu reproduction sexuée dans le passé il doit y avoir plusieurs colonies.
    2. S’il y a plusieurs colonie, elles sont potentiellement issue de la reproduction sexuée de… clones. Sont-ce alors de nouveaux individus ?
    3. Si plusieurs colonies ont fusionnés (ce qui doit être très probable) sont elles devenues un même individu (réciproque de la section de stolon de fraise).

    • Avec des si je referais le monde… 😉
      Mais quand on pose sa conclusion en préambule, il y a des chances qu’on retombe dessus (sans que ça prouve grand’ chose). On peut supposer que l’identité du matériel génétique a été bien vérifiée (une seule « colonie ») avant de déclarer cet organisme unique -et surtout le plus vieux du monde (titre contesté)

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  8. Hors Sujet :

    I copy and paste this;

    «  » » »Dear Zhi-Wei Sun,

    you wrote on 2014-10-24:
    > zeta(3) = Sum_{k>0} (3*H(k)-1/k)/(k^2*binom(2k,k)). (1)
    >
    > Via the Mathematica command
    >
    > FullSimplify[Sum[(3*HarmonicNumber[k]-1/k)/(k^2*Binomial[2k,k]),{k,1,Infinity}]],
    >
    > Mathematica 9 could yield the desired result zeta(3) half an hour later.
    > So, (1) does have a proof.

    I agree that this Mathematica result is a strong hint that (1) holds – but I would not call it a proof: I guess that in Mathematica there is no way to access all computation steps, s.t. the calculation can be checked (e.g. with other software). Or is there? Is there at least a list of the main computation steps available?

    I am not a number theorist, so let me ask: Is there any open source software that one could use to check this formula?

    Best regards,
    Robert Pollak

    Disclaimer: I have found your posting via the thread « Can We Trust Computer Algebra Systems? » on the sage-devel list. » » » »

    • On ne date pas un arbre par ses racines ni par ses branches mais par les stries annuelles du tronc (seule partie présente obligatoirement depuis sa naissance, branches et racines peuvent être plus jeunes -et pourquoi s’embêter?). C’est aussi bien trop récent pour la datation au carbone 14

  9. Je ne suis pas certain du tout qu’on puisse considérer cet ensemble d’arbres comme un individu unique. Il n’est pas rare de voir les racines des arbres âgés émettre des pousses (des rejets) qui finissent par donner un arbre adulte. Mais l’arbre original finit par mourir, et ses racines aussi. J’en ai vu plusieurs cas, sur des pruniers sauvages. Les nouveaux arbres nés de cette façon sont évidemment des clones, mais ils n’ont plus de racines communes, exactement comme les fraisiers nés par stolons.

    D’ailleurs, comme je me bats depuis des années contre ces pruniers sauvages, j’ai pu constater que le fait d’en asperger copieusement quelques un avec un désherbant systémique ne trouble absolument pas la croissance des autres, ce qui me conforte dans l’idée que ce sont des individus différents.

    • Pourtant, la définition est simple : « même patrimoine et relié » =  » 1 individu »…

      Lorsqu’un arbre meurt et que son « rejeton » survit, il s’agit en fait du même organisme qui a vu mourrir une partie de « lui », et voit pousser une autre partie. En revanche, le bouturage (donc séparation physique) donne bien lieu à 2 individus différents.

      Là, ce qui reste difficile à dire, c’est de savoir exactement quel sont les connexions en sous sol ou pas…donc comme la mentionné Meal Thep , il se peut qu’il y ai plusieurs colonies distinctes…mais clonées…

  10. Vous concluez Pando, par « le pauvre » mais avec 40 000 individus (en apparence) qui se livrerez tous ensemble à une reproduction sexuèe vous imaginez le bor…, je veux dire le tableau!

  11. Le sujet est vraiment intéressant … ça me rappelle les collections d’articles de Stephen Jay Gould comme « Quand les poules auront des dents » … passionnant.

    Merci pour ton blog, je me suis même pris et surpris à me replonger dans des sujets de math.

  12. Pingback: Pando : Le plus gros et le plus vieil être vivant du monde ? – L'Echo d'Oly

  13. C’est étonnant qu’il soit toujours en vie s’il ne se reproduit que par division asexuée. D’une manière générale, la reproduction asexuée est plus efficace et moins coûteuse que la reproduction sexuée mais elle a un point faible fatal: comme tous les individus « fils » sont identiques à l’individu « parent », donc comme ils possèdent exactement le même génôme, une seule variation pathogène (une seule « mutation » mais une mutation n’est qu’une variation qui est pathogène) et l’espèce entière disparait (puisqu’ayant tous le même génôme). On devrait donc s’attendre à ce que sur une échelle de temps aussi longue que citée dans cet article beaucoup de mutations aient eu lieu, ou en tout cas au moins 1 conduisant à son extinction.
    Si cette espèce se reproduit seulement que par reproduction asexuée depuis aussi longtemps, alors elle devrait s’être déjà éteinte de par les altérations géniques/génômiques/chromosomiques ayant inéluctablement lieu au cours de la vie de tout être vivant, car si ces variations n’ont pas lieu, l’être vivant en question n’aurait aucune adaptabilité à son environnement et serait aussi mort depuis longtemps à cause de changements d’environnements..

    En bref, à moins qu’il y ait des éléments pas à ma connaissance, cet arbre ne peut pas être aussi vieux, du moins pas dans cet ordre de grandeur là.

    • Othmane, comme vous le dites si bien, il n’y a a PAS de variation dans la reproduction végétative donc il n’y a pas à considérer qu’une seule variation pathologique détruirait l’espèce!!! Déjà Maurice nous disait que les variations épigénétiques (non ADN) modifient l’ADN ^^ … Je me demande si on ne pourrait pas évaluer mieux son âge par culture de cellules, pour voir quel nombre de reproductions possible il reste (on oublie souvent que la reproduction cellulaire est limitée à 50/70 réplications, d’où l’explication intéressante de l’Alzheimer par le Dr Guernez).
      Il est fort possible que les racines s' »anastomosent », deux racines ou branches qui se soudent chez des individus d’une même espèce -chez des clones encore mieux! (certaines espèces seulement)
      Et si on met un désherbant systémique sur un coté des racines d’un arbre, une seule moitié jaunira et pourtant coté gauche et coté droit sont bien un même individu 😉 (la diffusion « systémique » a ses limites)

  14. Pingback: Le pando – Indrikapi

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