La physique théorique et « La vraie nature profonde de la Réalité »

Il y a quelques jours, l’ami MrPhi a publié une vidéo sur la notion de réalisme scientifique. Il y précise notamment ce qu’est l’«anti-réalisme » en science, et j’y figure en bonne position en tant que porte-étendard de cette vision. Il faut dire que je l’ai bien cherché, puisque comme vous pouvez le voir dans sa vidéo, j’ai plusieurs fois tweeté à ce sujet !

Comme je n’arrivais pas à faire un commentaire de taille raisonnable sous sa vidéo afin de préciser ma pensée, je me suis dit que je pouvais tout aussi bien en faire un billet de blog, car c’était un sujet que je voulais traiter depuis longtemps !

Pour ceux qui le souhaiteraient, voici le lien vers sa vidéo et son billet de blog, même si je vais faire en sorte que ce que je raconte ici soit compréhensible sans l’avoir vue.

Ma petite histoire

Tout d’abord, laissez moi vous raconter un bout de mon cheminement personnel. Quand j’étais ado, j’étais comme beaucoup fasciné par l’idée de comprendre comment le monde marche, et toutes les questions métaphysiques associées. Et je nourrissais secrètement l’espoir que faire de la physique fondamentale me permettrait moi aussi de mieux comprendre « la vraie nature profonde de la Réalité ». J’ai eu beaucoup de chance, car j’ai pu faire des études de physique, et aller jusqu’à un doctorat en physique théorique dans le domaine de la gravité quantique, c’est-à-dire probablement ce qui se fait de plus « fondamental » : il s’agit du domaine où l’on cherche une théorie pour unifier la mécanique quantique et la relativité générale, ce qu’on appelle parfois pompeusement une « théorie du tout ».

D’une certaine manière, j’ai donc été au plus profond du trou, et j’ai étudié et côtoyé les théories ayant pour ambition d’être les plus fondamentales possibles, et donc a priori les plus profondes et les plus proches de « la vraie nature de la Réalité ». Et pourtant…je n’ai pas l’impression d’en savoir plus sur « la Réalité » que quand j’étais adolescent !

Plus j’ai avancé dans les études de physique, plus j’ai réalisé que dans le fond, tous ces concepts que nous révèlent les théories de physique fondamentale — espace-temps, particules, ondes, cordes… — ne sont que des outils mathématiques, simplement des constructions pour essayer de capturer la réalité, mais ils ne sont pas la réalité.

J’espérais que faire de la physique théorique me permettrait de mieux comprendre la nature profonde de l’Univers : eh bien je suis allé au fond du trou et je n’y ai rien vu.

La carte n’est pas le territoire

Il y a une analogie facile à ma façon de voir les choses : la carte et le territoire. De même que la carte n’est pas le territoire, aussi précise et aussi correcte qu’elle soit, les théories physiques ne sont pas la réalité. Ce sont des cartes, des constructions humaines qui permettent de la représenter, de l’analyser. Mais de même qu’une carte (même à l’échelle 1) ne sera jamais le territoire, je pense qu’une théorie de physique fondamentale, aussi confirmée expérimentalement soit-elle, ne nous dit rien sur « la vraie nature profonde de la réalité ».

Et je suis toujours un peu agacé quand on vient nous vendre le contraire, à grand renfort d’utilisation du verbe « être » : du genre « la gravité EST <ceci>, et pas <cela> » ou « un électron c’EST <ceci> et pas <cela> ». J’ai l’impression que c’est souvent le fait de personnes qui ne comprennent pas fondamentalement ces théories, ou bien parfois de physiciens théoriciens qui cherchent à sur-vendre la portée de leur discipline et de leurs travaux (cf la théorie des cordes).

Maintenant quand j’entends parler de « nature de la réalité », je sors mon révolver.

Précisons et formalisons

Mais formalisons un peu tout ça pour préciser ma pensée. Tout d’abord, qu’est-ce que la Réalité ? J’en ai ma petite définition.

La Réalité, c’est l’ensemble des expériences possibles et leurs résultats associés.

Si on note x une expérience réalisable, et y le résultat qui en sortira, alors l’ensemble des couples (x,y) forment, pour moi, « la réalité ». Il n’y a de réalité que les résultats des expériences.

Poussons un peu le bouchon du formalisme : imaginons qu’il existe un espace \cal E des expériences possibles, et qu’on appelle \cal F la fonction qui a toute condition x \in {\cal E} associe son résultat expérimental y

y = {\cal F} (x)

 alors je considère que la fonction \cal F peut raisonnablement être qualifiée de « la réalité ».

Maintenant, quel est l’objectif d’une théorie physique ? C’est d’essayer d’approximer la fonction \cal F, du moins sur un sous-domaine de l’espace des conditions expérimentales possibles. L’objectif ultime d’une théorie physique, aussi abstraite soit-elle, c’est de proposer une réponse à la question : qu’est-ce qui se passe si je fais l’expérience x. Une théorie physique, c’est donc en définitive une fonction {\cal T}(x) dont on espère qu’elle coïncide pas trop mal avec \cal F. Et c’est d’ailleurs la principale manière qu’on ait de juger une théorie : sur sa capacité à reproduire (et à prédire) les résultats des expériences.

Sauf qu’en pratique, une théorie ne se présente pas à nous comme une simple fonction \cal T de l’espace des expériences dans l’espace des résultats. Elle possède toute une structure interne, qui permet de la décrire et de l’appréhender. Et elle fait appel à tout un tas d’objets mathématiques intermédiaires, comme par exemple la notion de force, ou celle de courbure de l’espace-temps. Mais ces objets sont des constructions humaines, liées à notre langage mathématique.

Dans la réalité (au sens « les résultats des expériences »), la force n’existe pas plus que la courbure de l’espace-temps. Ce sont des objets conventionnels, fort pratiques il est vrai, utilisés pour décrire la fonction \cal T. Mais on pourrait très bien par exemple réécrire tous les résultats expérimentaux possibles de la gravité newtonienne sans avoir à utiliser le concept intermédiaire de force. Même si ça ne serait peut-être pas fort lisible.

Il peut toujours exister plein de façons équivalentes d’écrire la fonction \cal T, faisant appel à des objets mathématiques intermédiaires différents. Ce qui signifie qu’on peut imaginer plusieurs théories en apparence très différentes, et qui seraient strictement équivalentes sur le plan de leurs prédictions expérimentales.

Pour rester sur le cas de la gravité, on peut prendre comme exemple la gravité de Newton et la relativité générale en régime newtonien non-relativiste. Les concepts et les objets mathématiques intermédiaires sont différents, les prédictions sont identiques. Et donc (pour revenir sur l’usage abusif du verbe « être »), la gravité n’EST pas plus une force qu’une courbure de l’espace-temps.

Et si on trouve une théorie du tout ?

Evidemment, tout ce que je raconte ici à propos d’une quelconque théorie physique \cal T serait tout aussi valide avec la « fonction de réalité » \cal F elle-même ! Même si vous trouvez une Théorie du Tout parfaitement exacte, c’est-à-dire dont les prédictions expérimentales soient rigoureusement égales à \cal F, ça ne rend pas pour autant « réels » les concepts et objets intermédiaires que vous aurez utilisé. On pourrait toujours imaginer des formulations complètement différentes mais qui auraient les mêmes prédictions expérimentales.

Prenons un exemple concret qui m’énerve souvent : on entend régulièrement que la théorie des cordes prouverait que notre espace-temps possède « en réalité » 10 dimensions. Quand bien même la théorie des cordes serait correcte, et même — soyons fous — soit une Théorie du Tout parfaitement exacte, ça ne prouve rien sur la nature profonde de la réalité de l’espace-temps.

L’idée même d’espace-temps reste un concept intermédiaire, une construction mathématique, et le fait que dans la théorie des cordes ce soit « une variété de dimension 10 » ne nous dit rien sur « la Réalité ». On pourrait très bien imaginer une formulation alternative de la théorie ayant des prédictions expérimentales rigoureusement identiques, mais utilisant des concepts et objets mathématiques différents, et sans jamais utiliser de variété de dimension 10.

On pourrait avoir la même discussion (et d’ailleurs certains l’ont !) avec les « particules virtuelles » de la théorie quantique des champs, mais je vous épargne ça.

En conclusion

Bref, en conclusion de cette longue diatribe, c’est en ce sens que je me définis comme « anti-réaliste » : je pense que les concepts et objets mathématiques des théories physiques ne SONT pas la réalité, et qu’on devrait bien se garder de les identifier comme tels. Et mon poil se hérisse toujours quand certains prétendent que la physique théorique nous apprend des choses « la vraie nature profonde de la réalité » en nous parlant de cordes, d’ondes, de particules, de section non-triviale d’un fibré spinoriel ou d’élément d’un module projectif de type fini sur une algèbre non nécessairement commutative.

Si je voulais être extrême, je plaiderais pour une interdiction de l’usage du verbe « être ». Evidemment, ça ne serait pas très pratique. Moi le premier je vais sortir des phrases du genre « la gravité est une force », ou « la lumière est une onde électromagnétique ». Mais  chaque fois que j’emploie le mot « est », il faut entendre « se modélise bien par », ou « se comporte comme si c’était ». Rien de plus.

Alors docteur, je suis anti-réaliste ?

Quelques compléments

A propos des descriptions différentes mais équivalentes de théories physiques, il me semble qu’il existe aussi un argument identique à base de machines de Turing équivalentes, c’est-à-dire différentes dans leur câblage  mais ayant des sorties rigoureusement identiques. Je l’ai lu dans le livre « Philosophie de l’esprit » de Jaegwon Kim que m’avait conseillé MrPhi, mais je n’ai pas le livre sous la main pour vous citer ça !

Par ailleurs, dans sa vidéo Mr Phi nous présente une vision dont j’ignorais l’existence : le réalisme structural. Je vous invite à la regarder pour vous faire votre idée, de mon côté je n’ai pas encore le recul nécessaire pour savoir si je suis réaliste structural, ou si cette vision ne me satisfait pas. On en reparlera sans doute !

Pour finir, je voudrais mentionner le texte qui, il y a plus de 15 ans de cela, m’a ouvert les yeux sur ces questions, et m’a fait comprendre que je faisais fausse route en me demandant si la nature profonde de l’Univers était d’être <ceci> ou <cela>. Il s’agit de l’introduction du polycopié « Espaces fibrés et connexions » de Robert Coquereaux. Le poly est très technique (et passionnant pour un jeune physicien théoricien), mais l’introduction traite de ces questions sur quelques pages (et oui, je lui ai piqué la phrase sur les modules projectifs !).

 

32 réflexions sur “La physique théorique et « La vraie nature profonde de la Réalité »

  1. Alors docteur, je suis anti-réaliste ?
    Je ne suis pas docteur mais « La Réalité, c’est l’ensemble des expériences possibles et leurs résultats associés. » ceci semble en effet le confirmer car c’est vouloir restreindre le réel à l’observable, sous entendu, 0) il ne peut exister d’élément du réel « entre » les observations. C’est beaucoup plus fort que de dire 1) « on n’en saura jamais rien » ou 2) « ces éléments sont par nature inaccessibles » ou encore 3) « ça n’a pas d’importance car si ça marchait autrement ça serait équivalent » c’est nihiliste dans le sens ou ça ne leur laisse pas la chance d’une place pour faire parti du réel qu’on tente de définir. De mon coté je serais totalement d’accord avec 1 et 2, et 3 peut me séduire d’une certaine manière, en revanche 0 j’ai un fort a priori philosophique et scientifique contraire.

    • PS: je dis être d’accord avec 1, mais uniquement en ce qui concerne le point de la « certitude », oui, on en sera jamais certains. En revanche il y a plein de raisons qui me semblent rationnelles pour faire évoluer notre curseur de vraisemblance sur l’existence d’une contrepartie dans la réalité correspondante à certains intermédiaires de nos modèles.

      • Oui, mais cela dépend du sens du mot  » possible « . Si on considère qu’il est possible d’étudier tous les phénomènes qui nous affectent, de près ou de loin, le 0) pourrait juste représenter  » notre Réalité « , celle qui nous importe, même si il existait des éléments « entre », pour aller dans le sens du 3) : « ça n’a pas d’importance car si ça marchait autrement ça serait équivalent », enfin ça ne nous affecterait aucunement. Après ça demande de considérer la Réalité comme subjective, pouvant dépendre de son observateur.

  2. Voir aussi la position de Pierre Duhem sur le sujet, qui me semble, à première vue, assez proche du réalisme structural.
    Extrait de wikipedia :
    «Opposé à toute interprétation matérialiste et réaliste de la chimie et de la physique, Duhem propose une conception qu’on qualifierait d’« instrumentaliste » de la science dans La Théorie physique. Son objet et sa structure (1906). Selon l’instrumentalisme, la science n’est que l’instrument le plus commode de prédiction : « Une théorie physique n’est pas une explication. C’est un système de propositions mathématiques, déduites d’un petit nombre de principes, qui ont pour but de représenter aussi simplement, aussi complètement et aussi exactement que possible, un ensemble de lois expérimentales ».

    Mais parce que la théorie vise une classification naturelle, elle ne saurait être réduite à un artefact, à un simple instrument. À la différence de Ernst Mach, qui rejette également les théories explicatives et ne voit dans la nature que des faits (on ne saurait donc y trouver des causes et des effets), Duhem ne considère pas la théorie physique de manière purement instrumentaliste. Sa conviction demeure qu’il existe une réalité cachée en deçà des phénomènes, que la science ne peut espérer atteindre. Mais en vertu de son objet, qui est la classification naturelle, il faut admettre pour la théorie un horizon inconnaissable de sorte qu’elle apparaît comme l’image d’un ordre réel qui demeure toutefois à jamais voilé.»

    • Bonjour, je pense personnellement que ce questionnement porte sur les limites de la capacité à connaître de toute conscience.
      La conscience au sens phénoménale ne peut rien vraiment connaître d’autre qu’elle même, puisque c’est sa nature que d’être une connaissance d’elle même.

      Le reste du monde pour une conscience est objectivement descriptible mais intrinsèquement inconnaissable, mises à part les parties (qualias) de la conscience des autres qu’elle partage.
      Certaines théories de la philosophie de l’esprit comme le panpsychisme proposent que la nature intrinsèque de toute matière est de la conscience phénoménale, et que la conscience phénoménale d’un individu n’est autre que la subjectivité produite par l’en-soi de la matière agrégée dans son cerveau.

      À part ce type de théories sur la nature de la réalité de notre univers, il semble nécessaire que la nature propre de toute réalité objective échappe à jamais aux consciences, par définition subjectives, qui l’observent !

      Bien à vous

      Mes sources en philosophie de l’esprit :
      – The conscious Mind, David Chalmers
      – The character of consciousness, David Chalmers

  3. on peut très bien voir la production scientifique comme un langage qui cherche la non-ambiguité. La « science » ne produit pas de vérité, ni même de description de la réalité, mais un discours qui cherche le consensus dans un cadre donné (les maths ne décrivent pas la réalité, non ?). Toute affirmation « scientifique » est contextualisée, liée à un ensemble de donnés préalables et en ce sens elle est relationnelle, non absolue. La science, en tant que langage humain, ne peut donc se targuer de pouvoir dépasser son cadre d’expression, c’est à dire l’humain. La « réalité » n’est alors que ce qui peut être décrit et reproduit avec suffisamment de précision pour générer un consensus. Affirmer que la science décrit la réalité c’est oublier bien vite les chutes et rechutes de l’histoire des sciences face à des changements de paradigmes que les consensus de l’époque ne pouvaient pas imaginer.
    Ceci dit, je ne plaide pas pour dire que tout se vaut : juste qu’une affirmation se doit d’intégrer le corpus des connaissances existant et se soumettre, avec humilité, aux nécessités de la recherche de ce consensus : expériences, protocoles, langage précis et non ambiguë, ce que d’aucun appellent la « méthode scientifique » !

  4. La relation que nous avons avec le réel est franchement particulier car d’un coté nous le ressentons quotidiennement et suffisamment pour qu’il nous apparaisse comme concret mais des qu’on l’étudie, on se rend compte que nous sommes perpétuellement en recherche d’une composition de modèles inclus les uns dans les autres et capable d’expliquer a chaque niveau de granularité ce que nous parvenons a capturer en terme de données.

    Cela me fait penser au théorème de Shanon qui nous impose un degré échantillonnage suffisant pour mesurer de façon pertinente le réel. Le problème c’est que ce degré échantillonnage est conditionné par les propriétés du signal a observer! On tourne un peu en rond du coup… Pourtant cela illustre bien que le réel est en fait inatteignable et que ce que nous pouvons en déduire ne sera que des conclusions tirées de modèles.

    René Magritte a parfaitement illustrer ce problème dans son oeuvre « la trahison des images » ou il présente une pipe avec inscrit en dessous « ceci n’est pas une pipe ». Cette illustration est, je trouve, fabuleuse pour résumer tout cela car elle représente parfaitement la complexité dans la capture du monde et de sa dénomination car effectivement, la pipe n’est pas la, ce qu’on en voit n’étant que sa représentation! En poussant le vice on peut se demander en quoi même cette illustration (bien qu’intéressante) n’est elle même que le modèle de cette problématique de l’accès a la réalité.

    Enfin en tout cas, au delà des considérations philosophique plus qu’intéressante et passionnante, et au delà de la physique fondamentale (et des mathématiques bien bourrines), il existe aussi des domaines ou l’utilisation des modèles est industrialisé comme dans l’ingénierie des systèmes dont les logiciels font parti (avec des langages de modélisation multi-aspect comme UML). Il est d’ailleurs intéressant de voir que la créativité lié au l’utilisation de l’informatique autorise la création de paradigme de modélisation et de création de concepts qui fautent de ne pas forcement s’accorder avec une mise en équation du réel, permet également de faire vivre ces logiciels dans le réel! (le jeux de la vie quoi….)

    Mais on pourra alors se demander si parce que nos modèles prennent vie dans le réel, ces derniers sont donc eux même réel…. mais alors, le modèle est réel?

    A noter : Chose intéressante dans les SED, il est possible de modéliser des événements non-observable… on peut se demander pourquoi…. si on ne peut les observer… cependant, ils sont paradoxalement indispensable a la construction de systèmes non déterministes…Mais bon la je dis graisse….

  5. Ha non je ne suis pas d’accord avec le coup de la montre d’Einstein… Le résultat observable, les aiguilles qui tournent a une certaine vitesse et d’une certaine façon, peut-être causé par différent mécanismes plus ou moins complexes, mais on peut extraire l’essence des lois qui régissent tous ces mécanismes : l’inertie de la matière, l’énergie potentielle, la cohésion de la matière, etc…

    Et c’est ça, les lois de l’univers cachées dans la montre qu’il est possible de découvrir. Le « mécanisme » exact n’a que peu d’intérêt, il peut prendre des formes infinies, il est en effet inaccessible mais ce n’est qu’une implémentation particulière des lois de bases de l’univers qui sont uniques et absolues et qui représentent, elles, exactement la réalité. Et ça nous est accessible sans aucun doute.

    On ne connaît bien sûr pas encore l’ensemble de ces lois très simple, mais elles ont toutes une seule interprétation, une seule description possible, toute autre interprétation étant simplement fausse, par exemple soit les objets s’influencent les uns les autres (+ quelques lois qu’on ignore encore), soit l’espace/temps est courbé par les objets qui le déforment, les deux explications, descriptions, ne peuvent pas coexister, il y en a une vraie, et l’autre simplement fausse.

    Quand on connaitra toute les lois simples de l’univers dans leurs véritables « expressions », on connaitra simplement la « réalité », c’est d’ailleurs un peu triste pour un physicien théorique de penser autrement j’ai même envie de dire. Ça parait un peu lointain car on est un peu empêtré dans un méli-mélo d’erreurs ahurissantes, mais ça ne l’est pas tant que ça. Et surtout après il faudra trouver une autre occupation 🙂

    • @Fabien
      Votre commentaire est à 99,99% matérialiste et donc scientifique
      Vous avez parfaitement compris l’inhérence des lois scientifiques.
      Elles pré-existent à notre connaissance et donc à notre perception de cette réalité.
      SAUF QUE….. vous ne tirez pas assez fort sur la ficelle (juste) de votre gnoséologie scientifique.
      En effet, cette compréhension de l’existence OBJECTIVE des véritables lois implique la FAUSSETE de la quasi-totalite de la pseudo science orthodoxe.
      En effet, l’existence de lois scientifiques inhérentes est évidemment la même chose que l’existence OBJECTIVE de la réalité
      Et donc de l’existence OBJECTIVE de DEPLACEMENT
      C’est le début du texte De Gravitatione ecrit par Isaac Newton à 23 ans : les déplacements OBJECTIFS d’un LIEU OBJECTIF à un autre LIEU OBJECTIF
      Cela implique donc l’existence d’une VITESSE OBJECTIVE…..
      (thèse reprise par Newton dans ses SCHOLIES du début de son Principia)
      Et donc…. l’effondrement du socle gnoséologique de Poincaré, Lorentz , Mach , Einstein, Bohr , Heisenberg…..etc….
      Tout le délire sur la courbure de l’espace est la CONSEQUENCE de ce refus : refus du réel objectif, donc refus des déplacements objectifs et donc refus des vitesses absolues (Poincaré piraté par Einstein 1905) et donc du refus des accélérations objectives (Einstein Hilbert 1915)

      • Yanick, pour illustrer mon propos un exemple d’une loi que nous connaissons bien : l’électrostatique. Quand les charges ne sont pas en mouvement les positives attirent les négatives et les identiques se repoussent. Les charges électriques sont un des fondement de la réalité qui nous entourent, elles constituent une brique de base essentielle et centrale mais il nous reste de gros efforts à fournir pour comprendre ce qu’il se passe lors du mouvement de ces charges les unes par rapports aux autres.

        Quand nous comprendrons ça, le domaine sera couvert entièrement et à ce moment, nous pourrons aborder les phénomènes qui en découlent comme la gravité ou l’inertie qui nous paraîtrons « accessible » alors que nous n’avons pratiquement aucune prise sur eux aujourd’hui.

        En comprenant les briques essentielles de l’univers, les phénomènes qui en découlent s’éclairciront aussi, et la réalité toute entière sera là, dans sa simplicité. Alors oui d’une certaine façon il n’y aura plus rien de « magique », ce sera une sorte de deuxieme désenchantement du monde, mais ce sera quand même magnifique de pouvoir observer et comprendre l’univers dans l’innombrable diversité de ses mécanismes. Derrière une montre, ou ailleurs.

  6. Hello,
    Pourquoi être aussi radical avec le verbe être ? 😀
    Si je dis « mon ballon de foot est une sphère », je ne dis pas que l’objet mathématique « sphère » est une réalité palpable.
    Je dis simplement que mon ballon, une bulle, le soleil ont en commun de pouvoir être décrits par un même concept qui sera bien pratique par ailleurs pour en calculer la circonférence, le volume, la masse…
    Je pense que c’est le sens que tout le monde attribue à cette utilisation du verbe être. Personne ne croit que le ballon de foot et le concept de sphère se confondent.

    • Oui il est évident que dans le sens commun le fait de dire qu’un ballon est une sphère n’est pas un problème mais lorsque l’on entre dans le monde de la publication scientifique, chaque mot se pèse et se soupèse et pour éviter les ambiguïtés ou les contre sens, on choisira une tournure plus formelle et on dira les choses plutôt ainsi : Le ballon étant le sujet de notre étude, considérons la sphère comme un modèle suffisant de celui-ci […] avec des précisions sur les raisons de ce choix…. permettant de justifier pourquoi ce modèle se vaut dans ces circonstances.

  7. Comment pouvez-vous comprendre ce qu’est la REALITE en acceptant d’utiliser le charabia des positivistes anti-matérialistes (anti-Newton) du début du 20° siècle.
    Je vous conseille de devenir un spécialiste de gnoséologie avant de poursuivre en physique.
    je vous cite
    . J’ai eu beaucoup de chance, car j’ai pu faire des études de physique, et aller jusqu’à un doctorat en physique théorique dans le domaine de la gravité quantique, c’est-à-dire probablement ce qui se fait de plus « fondamental » : il s’agit du domaine où l’on cherche une théorie pour unifier la mécanique quantique et la relativité générale, ce qu’on appelle parfois pompeusement une « théorie du tout ».
    La gravité quantique est une tautologie : en effet depuis Pythagoras et Démocritos, les chercheurs ont compris que seuls des nombres entiers peuvent modéliser la réalité ; des atomOs en nombres entiers se déplaçant dans le vide absolu.
    Et donc la cause de la modification des trajectoires des particules est forcément un nombre entier de particules « gravitantes » (ayant la propriété de modifier des trajectoires à proximité de corps pesants)
    La pseudo « gravité quantique » est en réalité une escroquerie basée sur deux escroqueries ; la première issue des élucubrations d’Henri Poincaré (négation du réel et donc des déplacements absolus des corps dans ce réel), ennemi de Newton et la deuxième de Bohr et Heisenberg (négation de la causalité sous prétexte de l’usage de probabilités pour DECRIRE cette réalité….. niée in fine)
    Ces deux groupes d’escrocs ont en commun une anti-gnoséologie ; ils prétendent INVENTER la science (avec Mach en école auxiliaire de ce groupe d’imposteurs positivistes)
    Alors que la science est la DECOUVERTE de lois pré-existantes.
    La causalité existe sans nous.

    Deux débats, quand ils auront lieu, feront le ménage parmi tous ces « clowns titrés professeurs » (que dénonçait Lénine en 1908 dans le principal traité de gnoséologie du 20° siècle)
    1° la quantification du photon (combien d’atomOs dans un photon bleu, rouge etc.)
    2° la découverte de notre vitesse absolue (sommes nous à l’arrière de la Voie Lactée avec un mouvement vers Ain Al Rami ? ou une autre direction ?)

  8. David, j’adore et j’adhère.
    Ce papier me fait comprendre pourquoi tes présentations me vont si bien. En plus de la clarté de tes exposés, cette retenue qu’on y trouve, me mets à l’aise.
    Et à tous, Monsieur Phi, David,Thomas (Passe-Science), Lê(sciece4all), … je suis avec grand intérêt les interactions/commentaires que vous avez parfois entre vous. S’il vous plait, continuez ainsi, ça me précise foutrement les choses et cela renforce votre communauté, non?

  9. Je suis complètement d’accord avec toi. Être un anti-realiste dans cette mesure d’ailleurs me semble plus fécond et nous amène à chercher encore plus que le fait de penser que ces théories contenant la plus part du temps des idéalisations, sont capable de décrire la nature profonde de la réalité. D’ailleurs dès lors qu’on procède à une idéalisation il faut s’abstenir de dire qu’on a tout capturer sans rien laisser de côté.

  10. Si on veut être rigoureux, nul ne peut « être » anti-réaliste, on peut juste « se comporter comme si » on était anti-réaliste. Bon, on peut supposer que tous les scientifiques (ou non scientifiques) qui disent « la réalité est comme ci ou comme ça », font le même raccourci que vous pour éviter d’alourdir leur propos par des « se comporte comme si » ou « se modélise bien par ». Il est de toute façon bien difficile de croire que les théories « sont » la réalité quand on sait que la conscience que nous avons de la simple réalité qui nous entoure (celle que nous révèle nos sens), n’est qu’une recréation que notre cerveau fabrique pour nous permettre d’y agir efficacement. En bref, c’est une illusion.

  11. Notre perception de la réalité repose sur nos sens qui ne perçoivent qu’une partie de cette réalité : notre vision ne perçoit qu’une toute petite partie du spectre lumineux, comme pour notre ouïe qui ne perçoit pas certaines fréquences sonores.
    D’autre part l’expérience des fentes de Young montre que l’observation réduit la réalité des objets observés. Percevoir une partie du réel ce n’est pas percevoir le réel, qui nous est masqué comme le disait d’Espagnat (peut-on faire une analogie avec la caverne de Platon ?).
    L’usage de psychotropes ou des troubles émotionnels peuvent induire des hallucinations et notre mémoire n’est même pas le souvenir d’une réalité passée, mais une reconstruction subjective de celle-ci (selon les travaux d’E. Loftus).
    Il me semble donc que nous ne faisons que nous accorder sur une réalité qui n’est qu’une illusion. Nous ne percevons pas non plus les mouvements astronomiques que nous subissons (le mouvement de notre système solaire dans le mouvement de notre galaxie). Quant aux abstractions de notre esprit pour concevoir ce qui est, ce n’est bien sûr qu’une construction de plus qui n’est ni totale ni absolue.

  12. Se poser la question de savoir si la science nous permet de connaitre pleinement le réel ou non, c’est inférer l’existence d’une liste de propriétés finie pour chaque élément de ce réel.

    Liste à laquelle nous ne parvenons pas à avoir accès, mais qui existerait bel et bien.

    Un sacré parti-pris selon moi.

    Je pense que le réel en soi est inconnaissable, car rien ne nous dira jamais si les propriétés auxquelles nous accédons sont de réels attributs, ou seulement des interprétations pertinentes. Les capacités prédictives d’une théorie nous confirment non pas que nous avons touché une « réalité objective », mais seulement que nous avons avancé vers un « idéal interprétatif », c’est à dire vers la forme de connaissance la plus « aboutie » à laquelle l’homme peut prétendre.

    Et quand bien même nous toucherions l’objectivité absolue, de par notre condition, nous serions condamnés à l’ignorer.

  13. Bonjour,

    Voilà, je regarde tes vidéos depuis maintenant 1 an et demi (date à laquelle j’ai commencé la physique). J’apprécie beaucoup ton travail, et je voulais juste te donner un vrai avis sur ton billet, car je trouve que les autres commentaires sont à la limite de la définition prise dans le dictionnaire (ce dont je suis dépourvu, excuse mon orthographe). Je suis tout à fait d’accord avec le fait que l’on ne devrait pas dire la gravité « est », après tout ce n’est basé que sur des théories, et toutes théories est vrai jusqu’à un contre exemple. Mais, pour moi, la chose vraiment importante c’est qu’on nait dans un monde où on sait bien que l’on ne saura jamais tout de ce monde, mais est ce qu’au fond ce n’est pas ça qui nous maintient en vie? Je m’explique, imaginons que nous sachions absolument tout sur tout, quelle saveur aurait la vie? Ne serait-ce pas la le même problème que de vivre éternellement? En bref, je ne fais pas de la physique pour connaitre tout sur tout, je fais de la physique parce que je reconnais que je ne saurais jamais tout sur tout et cela est sans doute mille fois mieu que de vivre une vie sans progrès ni surprise…

    Je conçoie parfaitement que les gens me prennent pour un fou, en tout cas merci d’avoir pris de votre temps pour lire mon commentaire.

  14. Bonjour,
    je suis (du verbe suivre) vos vidéos quasiment depuis le début. J’ai souvent été tenté de vous écrire, mais je me suis toujours dit que je n’aurais pas de réponse, que mon commentaire serait noyé parmi l’océan des autres, sans vraiment d’intérêt…
    Je fais ici une exception.
    Le sujet que vous traitez fait suite à une vidéo de Mr Phi (que je suis également assidûment) qui lui même s’inscrit dans un ensemble de sujets traités par vous deux assez conséquent et qui me parlent profondément. Précisément, la façon que vous (deux) avez de traiter ce sujet, avec clarté et précision, toujours dans une pédagogie et une vulgarisation remarquable, me semble particulièrement efficace et constructive.
    Pour imiter dans vos vidéos « à chaud », j’ai eu cette réaction à chaud à votre billet a été celle-ci : essayez les arts martiaux.

    Vous postulez, tout comme Robert Coquereaux de l’existence de la réalité. D’ailleurs, dans son cours sur les espaces fibrés, ce dernier le dit clairement. Il dit également que cette croyance en une réalité objective n’a aucune importance. Je pense qu’il devrait rajouter « dans la description de cette réalité » ou « en physique » ou je ne sais quoi, car cette croyance est, à mon avis, des plus fondamentales. Pour avoir lu Schopenhauer (quelle drôle d’idée?), je dirais que cette croyance ne va pas de soi. Mon expérience personnelle me pousse à affirmer que cette croyance est incontournable si on veut un jour avoir accès au bonheur.
    Peut-être que le bonheur, pour des mathématiciens de haut niveau, n’est pas du même ordre que pour les autres, comme le prétend Etienne Klein, ou peut-être pas. Je ne suis pas à leur place.
    Néanmoins, l’expérience martiale donne une toute autre dimension à cette vérité : la réalité est. Point barre. Elle n’est pas ceci ou cela ou un modèle mathématique commutatif ou je ne sais quoi. Elle est. Après, sa description est un autre sujet.
    A bien y réfléchir, je me demande, pour l’avoir aussi vécu pendant le court temps de mes lointaines études en math, si la plongée dans ce monde de maths et de physiques les plus théoriques possibles, comme s’il existait une espèce de compétition avec soi-même en plus d’avec les autres, que l’on connaît par exemple en classes prépas, ne mène pas plus ou moins à une sorte de déconnexion de cet état de réalité ontologique. Etat que le premier moine shaolin venu qui n’a pas la moindre connaissance en physique théorique, éprouve avec une rare acuité.
    D’ailleurs, certains, Max Tegmark en tête, vont même jusqu’à affirmer que le réel, l’Univers est un objet mathématique, ce qui, sans être forcément en contradiction avec la préexistence du réel sur sa description, porte à son paroxysme cet effet de plongée dans le monde des mathématiques. Au moins apporte-t-il une réponse à cette incompréhensible faculté des mathématiques à décrire la physique. J’en ai personnellement une autre, qui est plus proche de la votre, et qui a beaucoup plus à voir avec la façon dont tout un chacun apprend à compter, à additionner, à multiplier… Je pense en effet que l’humanité a bel et bien construit les mathématiques sur la physique et pas le contraire, mais ceci est un autre débat.

    Pour revenir à votre billet, vous donnez l’exemple de la carte et du territoire (clin d’oeil à Michel Houellebecq?). Morpheus dans Matrix dit peu ou prou la même chose : la différence entre connaître le chemin et arpenter le chemin.
    Les arts martiaux (et la philosophie zen) s’engouffrent, pour leur part, clairement et indiscutablement dans la voie du chemin. C’est la voie, le « do » (qui veut dire voie) que l’on trouve dans tous les noms des arts martiaux japonnais (aïkido, judo, karatedo, kendo). Il s’agit de ce qu’ils sont intrinsèquement.
    On pourrait penser, naïvement, qu’il n’est donc pas nécessaire de chercher à comprendre le monde par des études poussées pour accéder au bonheur, si on s’engage dans la voie, dans cette voie, celle du do. Ce serait une erreur catastrophique.
    Evidemment que la connaissance du monde fait partie du monde. Evidemment que la connaissance la plus aiguë, la plus précise possible du monde fait partie de la voie, du chemin. Mais en tant que chemin. C’est à dire sans forcément de but autre que celui de connaître et d’apprendre. C’est à peu près le coeur de ma philosophie à moi : trouver le bonheur dans la connaissance en soi, éprouver la joie et le plaisir dans le fait d’apprendre. Cette pensée a l’inconvénient de me placer en éternel étudiant (au sens étymologique du terme) et l’énorme avantage de me placer en éternel étudiant.Il paraît que ça aide à « faire jeune ». A 48 ans, ceci est un avantage.
    Dans ce cadre, néanmoins, on perçoit à peu près que la connaissance qui se fait dans un but ne peut que s’éloigner de la voie, donc dans une certaine mesure du bonheur. Le but, la finalité, sont des notions très éloignées du zen, beaucoup plus proche d’un héritage catholique plus ou moins conscient dans lequel la vie toute entière n’existe que dans la souffrance pour mériter le but ultime, le Graal, le paradis après la mort.
    Il n’est absolument pas aberrant de penser que 2000 ans de joug judéo-chrétien aient influencé durablement et profondément toute la pensée même laïque. Même scientifique. Ce Graal de la connaissance ultime (dont je ne suis moi-même absolument pas guéri) reste bien des fois associé à quelque chose de positif, un synonyme du bonheur universel ou quelque chose comme ça. Je ne peux m’abstenir de penser qu’il s’agit d’un avatar caché de notre tradition religieuse et que, heureusement, la réalité est toute autre.
    Heureusement ou pas, d’ailleurs. Encore faudrait-il clairement prendre conscience de la nécessité de considérer le chemin de la connaissance, le fait d’apprendre et de savoir, comme la plus grande source de bonheur possible et ne pas fixer son regard en permanence sur ce qu’il nous reste à découvrir, ce que nous ignorons. Fixer notre regard sur le présent et non sur le futur. C’est également un enseignement martial.

    Je pense que la nature profonde de la réalité, ou, pour rester dans votre façon, sa modélisation exacte, nous sera à jamais inaccessible. Nous ne sommes ontologiquement pas faits pour ça. Il nous est impossible de conceptualiser un milliard. C’est beaucoup trop grand. Nous sommes conçus pour analyser et comprendre les unités, les dizaines, peut-être les centaines, mais au delà, notre esprit n’est plus fait pour. Il y a des milliards de milliards de milliards d’atomes dans un crayon. Sans parler des états quantiques ou chimiques de chacun d’entre eux et de leurs évolutions à chaque instant. Comment pourrions nous comprendre le monde? Essayons de faire du mieux que nous pouvons et de progresser toujours sans attendre quoi que ce soit.

    Et encore merci pour vos vidéos et vos articles.

    Bernard ROUX
    Je fais ici une exception.
    Le sujet que vous traitez fait suite à une vidéo de Mr Phi (que je suis également assidûment) qui lui même s’inscrit dans un ensemble de sujets traités par vous deux assez conséquent et qui me parlent profondément. Précisément, la façon que vous (deux) avez de traiter ce sujet, avec clarté et précision, toujours dans une pédagogie et une vulgarisation remarquable, me semble particulièrement efficace et constructive.
    Pour imiter dans vos vidéos « à chaud », j’ai eu cette réaction à chaud à votre billet a été celle-ci : essayez les arts martiaux.

    Vous postulez, tout comme Robert Coquereaux de l’existence de la réalité. D’ailleurs, dans son cours sur les espaces fibrés, ce dernier le dit clairement. Il dit également que cette croyance en une réalité objective n’a aucune importance. Je pense qu’il devrait rajouter « dans la description de cette réalité » ou « en physique » ou je ne sais quoi, car cette croyance est, à mon avis, des plus fondamentales. Pour avoir lu Schopenhauer (quelle drôle d’idée?), je dirais que cette croyance ne va pas de soi. Mon expérience personnelle me pousse à affirmer que cette croyance est incontournable si on veut un jour avoir accès au bonheur.
    Peut-être que le bonheur, pour des mathématiciens de haut niveau, n’est pas du même ordre que pour les autres, comme le prétend Etienne Klein, ou peut-être pas. Je ne suis pas à leur place.
    Néanmoins, l’expérience martiale donne une toute autre dimension à cette vérité : la réalité est. Point barre. Elle n’est pas ceci ou cela ou un modèle mathématique commutatif ou je ne sais quoi. Elle est. Après, sa description est un autre sujet.
    A bien y réfléchir, je me demande, pour l’avoir aussi vécu pendant le court temps de mes lointaines études en math, si la plongée dans ce monde de maths et de physiques les plus théoriques possibles, comme s’il existait une espèce de compétition avec soi-même en plus d’avec les autres, que l’on connaît par exemple en classes prépas, ne mène pas plus ou moins à une sorte de déconnexion de cet état de réalité ontologique. Etat que le premier moine shaolin venu qui n’a pas la moindre connaissance en physique théorique, éprouve avec une rare acuité.
    D’ailleurs, certains, Max Tegmark en tête, vont même jusqu’à affirmer que le réel, l’Univers est un objet mathématique, ce qui, sans être forcément en contradiction avec la préexistence du réel sur sa description, porte à son paroxysme cet effet de plongée dans le monde des mathématiques. Au moins apporte-t-il une réponse à cette incompréhensible faculté des mathématiques à décrire la physique. J’en ai personnellement une autre, qui est plus proche de la votre, et qui a beaucoup plus à voir avec la façon dont tout un chacun apprend à compter, à additionner, à multiplier… Je pense en effet que l’humanité a bel et bien construit les mathématiques sur la physique et pas le contraire, mais ceci est un autre débat.

    Pour revenir à votre billet, vous donnez l’exemple de la carte et du territoire (clin d’oeil à Michel Houellebecq?). Morpheus dans Matrix dit peu ou prou la même chose : la différence entre connaître le chemin et arpenter le chemin.
    Les arts martiaux (et la philosophie zen) s’engouffrent, pour leur part, clairement et indiscutablement dans la voie du chemin. C’est la voie, le « do » (qui veut dire voie) que l’on trouve dans tous les noms des arts martiaux japonnais (aïkido, judo, karatedo, kendo). Il s’agit de ce qu’ils sont intrinsèquement.
    On pourrait penser, naïvement, qu’il n’est donc pas nécessaire de chercher à comprendre le monde par des études poussées pour accéder au bonheur, si on s’engage dans la voie, dans cette voie, celle du do. Ce serait une erreur catastrophique.
    Evidemment que la connaissance du monde fait partie du monde. Evidemment que la connaissance la plus aiguë, la plus précise possible du monde fait partie de la voie, du chemin. Mais en tant que chemin. C’est à dire sans forcément de but autre que celui de connaître et d’apprendre. C’est à peu près le coeur de ma philosophie à moi : trouver le bonheur dans la connaissance en soi, éprouver la joie et le plaisir dans le fait d’apprendre. Cette pensée a l’inconvénient de me placer en éternel étudiant (au sens étymologique du terme) et l’énorme avantage de me placer en éternel étudiant.Il paraît que ça aide à « faire jeune ». A 48 ans, ceci est un avantage.
    Dans ce cadre, néanmoins, on perçoit à peu près que la connaissance qui se fait dans un but ne peut que s’éloigner de la voie, donc dans une certaine mesure du bonheur. Le but, la finalité, sont des notions très éloignées du zen, beaucoup plus proche d’un héritage catholique plus ou moins conscient dans lequel la vie toute entière n’existe que dans la souffrance pour mériter le but ultime, le Graal, le paradis après la mort.
    Il n’est absolument pas aberrant de penser que 2000 ans de joug judéo-chrétien aient influencé durablement et profondément toute la pensée même laïque. Même scientifique. Ce Graal de la connaissance ultime (dont je ne suis moi-même absolument pas guéri) reste bien des fois associé à quelque chose de positif, un synonyme du bonheur universel ou quelque chose comme ça. Je ne peux m’abstenir de penser qu’il s’agit d’un avatar caché de notre tradition religieuse et que, heureusement, la réalité est toute autre.
    Heureusement ou pas, d’ailleurs. Encore faudrait-il clairement prendre conscience de la nécessité de considérer le chemin de la connaissance, le fait d’apprendre et de savoir, comme la plus grande source de bonheur possible et ne pas fixer son regard en permanence sur ce qu’il nous reste à découvrir, ce que nous ignorons. Fixer notre regard sur le présent et non sur le futur. C’est également un enseignement martial.

    Je pense que la nature profonde de la réalité, ou, pour rester dans votre façon, sa modélisation exacte, nous sera à jamais inaccessible. Nous ne sommes ontologiquement pas faits pour ça. Il nous est impossible de conceptualiser un milliard. C’est beaucoup trop grand. Nous sommes conçus pour analyser et comprendre les unités, les dizaines, peut-être les centaines, mais au delà, notre esprit n’est plus fait pour. Il y a des milliards de milliards de milliards d’atomes dans un crayon. Sans parler des états quantiques ou chimiques de chacun d’entre eux et de leurs évolutions à chaque instant. Comment pourrions nous comprendre le monde? Essayons de faire du mieux que nous pouvons et de progresser toujours sans attendre quoi que ce soit.

    Et encore merci pour vos vidéos et vos articles.

    Bernard ROUX

  15. La représentation atomique de Bohr est fausse comme le montre l’équation de Schrödinger qui permet dans un espace mathématique abstrait la dualité onde/corpuscule (comme le comportement réel des électrons au sein de l’atome). Il s’agit donc bien de réalité mais sans représentation possible et toute représentation physique du réel est forcément fausse. Par contre la carte qui représente le territoire est vrai.

    Pour ce qui d’unifier la mécanique quantique et la relativité générale dans une théorie du tout, cela est impossible. L’espace-temps n’a aucun sens en mécanique quantique. Une frontière existe qui sépare deux mondes qui n’ont pas la même échelle.
    Mais deux autres horizons existent: les singularités du big-bang et des trous noirs qui sont hors de portée de notre physique. Encore que selon Penrose il est possible que la la formation de certains trous noirs engendrent des big-bang d’autres univers et que réciproquement le notre soit issu d’un trou noirs d’un univers supérieur. Si une théorie du tout devait exister, peut-être faudrait-il se pencher dessus car comme le disait Lavoisier, « Rien ne se perd, rien ne se crée : tout se transforme ».

    Enfin, le réalisme scientifique ne peut exister car tout ce qui vient de l’imaginaire concerne le vrai et non le réel. Le cogito cartésien montre que l’esprit est vrai (je ne peux douter de son existence), pas qu’il soit réel.

  16. J’écris ça rapidement et en tentant de me rappeler de mes cours de philo qui datent d’une décennie maintenant, mais j’ai l’impression que d’un côté on a une description de la réalité qui est très platonicienne : il y a le monde des idées, que nous tentons d’approcher en interprétant les ombres. De l’autre côté, il y aurait la vision de Bergson, pour qui la réalité n’existe pas tant qu’elle n’est pas observée : ce serait la fonction F dont tu parles (j’espère ne pas me tromper sur la théorie de Bergson).

    Du coup, trancher le débat est un vrai débat philosophique plutôt que physique, même si bien sûr les physiciens peuvent s’y intéresser et proposer des arguments en faveur de telle ou telle thèse. Mais je considère quand même le problème indépendant de la physique, qui est selon moi une science qui ne vise qu’à fournir un modèle, et pas une vérité.

    Sinon par rapport à ton argumentaire, selon moi le point le plus important est qu’on peut proposer plusieurs mécanismes qui construisent parfaitement F, la fonction universelle. On peut expliquer l’univers avec 11 dimensions, mais on peut aussi s’en passer et utiliser je ne sais quoi. Comme on avait expliqué l’orbite elliptique par une infinité d’épicycles dans le modèle géocentrique, et avec les lois de Kepler dans le modèle copernicien. Comme ce dernier est beaucoup plus simple (et plus prédictif), c’est celui qu’on utilise. Le but de la physique est dès lors de trouver la méthode qui soit la plus simple pour prédire le plus de chose possibles.

    Si ça correspond à la nature intrinsèque de l’univers, tant mieux, sinon ça ne nous empêchera pas de dormir ce soir.

  17. Tout dépend de ton point de vue.
    Une théorie du tout n’est elle pas une théorie qui permet de concilier tous les point de vue?
    La théorie de cordes en est une bonne candidate puisqu’elle permet même l’inimaginable.
    Après, oui c’est une théorie, mais qui n’a jamais fantasmer de voir une réalité plus profonde?

    • La théorie des cordes permet de résoudre certains problèmes quantiques mais ne peut pas solutionner le problème de courbure d’espace-temps.
      La théorie quantique a un espace-temps statique (quand bien même elle prédit parfaitement les bosons de Higgs à l’origine de masse et donc fonction d’une déformation de l’espace). Cet espace-temps vient d’une construction mathématique abstraite (imaginaire et complexe) alors que l’espace-temps réel est dynamique.
      On veut unifier deux théories qui non pas ne partagent pas le même espace-temps. Ce n’est tout simplement pas faisable.

      Est-ce pour cela qu’une théorie du tout est impossible ? Je ne pense pas. Le problème vient du fait que l’on ne peut contracter l’espace au-delà d’une certaine limite: le mur de Planck. Que l’on admette quand nos équations ne marchent plus qu’il y a une transition de phase d’énergie ou un saut quantique d’espace-temps quand ce mur de Planck est atteint.
      Certes cela créé un nouvel espace-temps avec des constantes universelles différentes, mais on peut très bien résoudre des cas particuliers où les constantes sont linéaires avec les nôtres et si la théorie des cordes est un indispensable pour franchir ces singularités, alors pourquoi pas ?

  18. Merci David pour tout ce que tu fais et en particulier les vidéos que je suis (du verbe suivre) en alternance, c’est-à-dire quand je peux ! On va tous citer un auteur qui nous a encouragé à nous questionner au sujet de la réalité, du réel ou de la vérité. Moi c’est J. Krishnamurti, je ne fais aucune propagande, ça m’évitera d’ailleurs d’essayer de parler de cet être humain inclassable. Le titre d’un de ses nombreux ouvrages (le plus souvent des conférences et des dialogues retranscrits -parfois avec des scientifiques- ) est : le temps aboli.
    Je m’amuse de constater avec quel acharnement quelques esprits défendent l’idée que l’univers est fait avant tout de lois intelligibles sous-jacentes, placées là par je ne sais quel dieu (héritage judéo-chrétien certainement) pour qu’on les découvre. Cela sous-entendrait qu’un jour on pourrait avoir tout compris et tout décrit, autrement dit que l’univers est totalement intelligible ! Hahaha, c’est amusant de voir comment la croyance (emprunte d’orgueil ethnocentrique) peut limiter la clairvoyance. Vive le mystère !

    • Je partage totalement votre approche. Krishnamurti est un immense « penseur » si on peut dire, parce qu’il est effectivement inclassable.
      Bien cordialement

  19. « section non-triviale d’un fibré spinoriel ou d’élément d’un module projectif de type fini sur une algèbre non nécessairement commutative »
    ►Ça veut dire quoi « élément »?

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