Aversion aux pertes, effet de dotation et dépendance à la référence

Je continue ma série de vidéos « Crétin de cerveau » consacrée aux biais cognitifs et à l’économie comportementale. Aujourd’hui, je vous parle de l’effet de dotation, de l’aversion aux pertes et de la dépendance à la référence…

Comme toujours, je vous recommande d’aller lire les papiers si vous voulez voir un peu mieux ce qui se passe derrière les chiffres. Les références sont à chaque fois dans la vidéo. Notamment il faut savoir que sur les expériences d’effet de dotation (par exemple les mugs au début), le protocole expérimental est bien plus subtil que ce que je laisse sous-entendre, notamment pour éliminer différents facteurs qui pourraient perturber l’analyse (coûts de transaction, effets de négociation, etc.)

Un concept intéressant dont j’ai choisi de ne pas parler, c’est l’idée de courbe d’indifférence. Prenez deux biens A et B, dont vous pouvez posséder une certaine quantité. Différentes combinaisons de A et B peuvent vous procurer différents niveaux de satisfaction. Les courbes d’indifférence sont les courbes d’iso-satisfaction parmi ces différentes combinaisons.

Ces courbes sont particulièrement intéressant quand l’un des deux biens est l’argent. Et le résultat spectaculaire des expériences sur l’effet de dotation, c’est que suivant qu’on vous propose de changer de l’argent en stylos, ou des stylos en argent, les courbes d’indifférence sont très différentes. La courbe suivante est une moyenne sur plusieurs sujets à partir de différentes transaction qu’on leur proposait. Un groupe partait avec 5 stylos (et 0 dollars) et l’autre avec 4$50 (et 0 stylos). Et on leur proposait des transactions pour voir par exemple combien de dollars ils demanderaient pour lâcher un stylo, ou combien de stylos pour lâcher un dollar. Et on voit que le résultat est très différent.

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(extrait de Kahneman, D., Knetsch, J. L., & Thaler, R. H. (1991). Anomalies: The endowment effect, loss aversion, and status quo bias. The journal of economic perspectives, 5(1), 193-206.)

Les coûts irrécupérables

La vidéo de la semaine est consacrée aux coûts irrécupérables !

Quelques publis pour les gourmands :

Arkes, H. R., & Blumer, C. (1985). The psychology of sunk cost. Organizational behavior and human decision processes, 35(1), 124-140.

Staw, B. M., & Hoang, H. (1995). Sunk costs in the NBA: Why draft order affects playing time and survival in professional basketball. Administrative Science Quarterly, 474-494.

Staw, B. M. (1976). Knee-deep in the big muddy: A study of escalating commitment to a chosen course of action. Organizational behavior and human performance, 16(1), 27-44.

Je vous recommande particulièrement la première qui contient bien d’autres expériences que je n’ai pas décrites dans la vidéo !

Méfiez-vous d’un juge affamé !

justiceJ’ai déjà évoqué de nombreuses fois sur ce blog tous ces petits biais qui font de nous des êtres plus ou moins irrationnels. La plupart du temps, ces irrationalités ont été étudiées par des économistes et des psychologues dans le contexte des décisions économiques. Et leurs expériences nous montrent que contrairement à ce que l’on croit volontiers, nous sommes facilement influencés dans nos choix par le contexte ou la présentation. Et nous sommes donc manipulables.

Aujourd’hui, ça n’est pas d’économie dont je voudrais vous parler, mais de justice ! En effet une étude parue en 2011 a montré que les décisions de justice ne sont pas non plus exemptes de ces influences. Un résultat qui fait un peu froid dans le dos. Lire la suite

Pourquoi les marchés financiers fluctuent-ils tous de la même manière ? [rediffusion]

Une rediffusion qui date un peu, mais sur un sujet intriguant : les fluctuations des marchés financiers !

Il y a quelques jours le prix 2011 du « Meilleur jeune économiste français » a été décerné à Xavier Gabaix, qui travaille et enseigne à l’Université de New-York. En collaboration avec des physiciens, il s’est notamment penché sur la question des fluctuations des marchés financiers, et a proposé un modèle pour tenter d’expliquer l’universalité de ces fluctuations.

Les fluctuations du CAC40

On le sait bien, les marchés financiers fluctuent, et ce de manière apparemment imprévisible. Mais en analysant un historique de ces fluctuations, on peut observer des choses intéressantes, notamment mesurer la probabilité d’apparition des évènements extrêmes que sont les fortes hausses ou fortes baisses.

Prenons notre bon vieux CAC40, et regardons son historique depuis une vingtaine d’années (ci-contre). On va s’intéresser à ses fluctuations d’un jour sur l’autre, exprimées en pourcentage. Vous savez ce chiffre que nous annonce le présentateur à la fin du journal télé « La bourse de Paris a clôturé en baisse de 2.12% ». Lire la suite