De quoi le succès d’une chaîne Youtube de vulgarisation dépend-il ?

Qu’est-ce qui fait le succès d’une chaîne de vulgarisation scientifique ? Par exemple le fait qu’elle aura, ou pas, beaucoup d’abonnés ? Sa qualité, bien sûr, le talent de l’écriture et de la pédagogie, le sens de la mise en scène, l’humour…

…en fait, non; pas tant que ça.

Il n’aura échappé à personne que les plus grosses chaînes sont presque toutes des chaînes créées il y a assez longtemps, et ayant accumulé pas mal de vidéos. D’une part ces chaînes ont eu le temps de croître, d’autre part elles ont pu émerger à une époque où la concurrence était moins rude. Du coup pour les nouveaux et nouvelles qui se lancent, la tâche peut paraître difficile.

Tout cela est évident, mais récemment je me suis demandé : Peut-on quantifier cet effet ? Mettre des chiffres dessus ? Eh bien on peut essayer, il suffit de faire un peu de statistiques.

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Youtube : le problème n’est pas l’algorithme, c’est l’argent.

Il y a quelques jours, le vidéaste Veritasium a sorti une vidéo où il évoque ce qu’il se passe depuis plusieurs mois avec l’algorithme de Youtube, et le déclin d’audience qu’ont constaté beaucoup de vidéastes, notamment culturels.

Le phénomène a été commenté à de nombreuses reprises : le fameux algorithme semble maintenant avoir un fort biais vers les vidéos qui « buzzent », ce qui ne va pas dans le sens d’aider les vidéos culturelles ou éducatives. Il suffit de faire un tour dans l’onglet « Tendances » de Youtube pour s’en rendre compte.

Est-ce grave ? Oui et non.

Youtube devient la télé

Je vois deux problèmes avec cette tendance : le premier est que cette évolution de l’algorithme va détourner de plus en plus le public des vidéos culturelles, qui étaient une des spécificités de Youtube. Le résultat est prévisible : le contenu de Youtube va de plus en plus converger vers celui de la télé. Les spectateurs y regarderons principalement du top, du buzz, du prank, du people, du click bait (oui je sais, que des mots anglais), et seulement des miettes pour la culture et l’éducation.

C’est triste, mais je n’ai jamais douté que ça n’arrive. En fait c’est même presque rassurant.

L’algorithme n’a pas de position éditoriale et c’est tant mieux. L’algorithme est agnostique : il maximise le watch time, c’est-à-dire qu’il donne au public ce que le public semble aimer. On peut regretter que le public préfère les prank que les vidéos de Nota Bene, mais qui serais-je pour imposer au public ce que je pense bon pour lui ? (même « for the greater good » comme disait Dumbledore, on sait où ça mène)

La logique est donc assez darwinienne, Youtube va finir par complètement ressembler à la télé du point de vue de la répartition des contenus qui y sont visualisés. Et ça n’est pas grave…

…car la grande force supposée de la vidéo sur internet, c’est sa diversité ! Sur Youtube, il n’y a pas le filtre de la production télé, qui éjecte tout un tas de contenus de qualité sur la base de critère plus ou moins arbitraires (comme c’est le cas actuellement avec les émissions scientifiques.) Donc même si, du point de vue de la « composition moyenne » de ce qui y est regardé, Youtube va finir par ressembler à la télé, contrairement à la télé on y trouvera toujours une myriade de petites chaînes (une « longue traîne »). Des chaînes qui pourront librement proposer du contenu différent, de qualité, qui trouvera son « petit » public; du contenu qui n’aurait pas pu exister à la télé.

Sur le papier ça me va très bien, mais on en arrive au deuxième problème : comment on fait vivre les gens qui produisent ce contenu de qualité, et pour lequel il existe un public ?

Le problème du modèle économique

Aujourd’hui, il n’y a pas de modèle économique viable pour les vidéastes culturels. Et j’ai peur que cette « longue traîne » de contenu de qualité finisse par s’éteindre à cause de cela. A la télé, ce contenu de qualité est tué par le filtre des choix de la production; sur Youtube, il sera tué par l’argent, et l’absence de modèle économique.

Bien sûr vous allez me dire qu’aujourd’hui, ce contenu arrive à exister malgré l’absence de modèle économique. Sauf que si on regarde la situation des vidéastes culturels francophones, il n’y a pas grand chose de professionnellement pérenne. Certains profitent d’être encore jeunes étudiants insouciants : c’est bien mais ça ne durera pas (et pour faire du bon contenu culturel, c’est bien aussi de s’appuyer sur des gens expérimentés !)

Certains financent temporairement leur activité de vidéaste en écrivant des livres, ça fonctionne un peu pour quelques uns, mais ça n’est ni généralisable, ni pérenne.

Les placements de produits et autres opérations spéciales me semble assez délicates à manier. Pour ma part, j’ai déjà eu plusieurs propositions mais je ne vois pas bien comment concilier cela avec l’objectivité et la rigueur scientifique qui sont ce que les gens viennent aussi chercher sur une chaîne comme la mienne.

A ce jour, il n’y a que le financement participatif, notamment Tipeee, qui propose une solution qui sorte du lot. Mais si certains s’en tirent mieux grâce à ça, on est très loin de pouvoir faire vivre une « longue traine » de vidéastes culturels.

Bien sûr, d’autres — dont je fais partie — s’en sortent car ils ont une vraie activité professionnelle par ailleurs. Outre le fait que ça résout le problème de l’argent, c’est aussi une chance car cela rend les vidéos plus riches et plus pertinentes : pensez-vous que les vidéos de Primum Non Nocere seraient aussi bonnes s’il n’exerçait pas la médecine au quotidien ? Mais le problème est évident, en tout cas dans mon cas : c’est un conflit permanent de gestion du temps entre mon vrai travail, ma famille, et faire de des vidéos (et je ne suis pas sûr que ce soit pérenne, donc.)

Bref, au-delà de mon cas personnel qui n’est pas très représentatif donc pas très intéressant pour la discussion en cours, il n’existe pas de modèle économique pérenne pour les vidéastes culturels. Et ça me met en rogne.

Du coup au-delà de la question de l’algorithme qui je pense est pliée, cette vidéo de Veritasium a relancé chez moi l’envie d’un modèle économique alternatif à celui actuel, qui permettrait de continuer à bénéficier de cette diversité. Et je me suis dit que j’allais essayer de mettre par écrit mes quelques pensées sur le sujet, ne serait-ce que pour me forcer à les organiser.

Ah bon mais Youtube ça paye pas de la money ?

Commençons par quelques chiffres pour fixer les ordres de grandeur. Qu’est-ce que ça rapporte de faire des vidéos sur Youtube, si l’on utilise le système classique de la monétisation, et donc de la publicité ? (ce que perso je ne fais pas d’ailleurs).

Le chiffre classique qu’on avance est celui d’1$ pour 1000 vues. Il semble que la réalité soit un peu en dessous, et il faut prendre en compte le taux de change euro/dollar. Je vous fait une moyenne à 0.8€ pour 1000 vues.

Plaçons nous dans le cas d’une chaîne faisant 1 000 000 de vues par mois. Un million c’est pas mal, il n’y a pas des tas de chaînes culturelles qui en sont là. Ça nous fait 800 euros de revenus publicitaires. Attention, ça n’est pas un salaire, c’est un chiffre d’affaire ! Il faut donc d’abord retirer les coûts de production : achat/location du matériel, prix des logiciels, éventuels déplacements, etc., et je ne parle même pas du fait de payer un intervenant extérieur comme un graphiste. Je suis sympa, je vous fait le tout à 200 euros de dépenses moyennes par mois. Il reste donc 600 euros de bénéfice.

Ce montant, on ne l’empoche pas, on le déclare : et dessus on paye des cotisations sociales et l’impôt sur les sociétés (et c’est bien normal). Il existe plusieurs variantes fiscales, mais pour faire simple il en reste en gros une moitié, ici 300 euros. Trois cent euros, c’est essentiellement un quart du SMIC.

Donc pour toucher un SMIC en revenus publicitaires, il faut 4 000 000 de vues par mois. Combien de vidéastes culturels atteignent ces chiffres ? Pas beaucoup à ma connaissance…Et on ne parle « que » du SMIC.

Ce que je trouve paradoxal dans l’affaire, c’est le fait que le Youtube culturel n’arrive pas à se trouver un modèle économique, alors qu’il produit du contenu de grande qualité, avec des coûts de production bien inférieurs à ceux de la télé ! Il suffit d’avoir déjà vu un tournage avec une équipe de professionnels pour s’en rendre compte : producteur, réalisateur, ingé son, éclairagiste, régisseur, monteur, mixeur, étalonneur, graphiste… Juste pour fixer les ordres de grandeur, la production complète d’une émission professionnelle va plutôt se situer entre 1000 et 4000 euros la minute. (Par exemple plus de 100 000 euros pour un épisode de « C’est pas sorcier » de 26 minutes). Même si on peut argumenter sans problème que la minute de « C’est pas sorcier » est plus qualitative que la minute de « Science étonnante », de « Nota Bene » ou de « Primum Non Nocere », ça fait quand même une sacrée différence de coûts de production !

Le paradoxe est donc double : d’une part, vu que ça a existé à la télé, il doit bien être possible de trouver de l’argent pour financer des contenus culturels; d’autre part, pour une même quantité investie, on produirait bien plus de contenu via les vidéastes Youtube que par les productions télé classiques.

A qui profite le crime ?

Et là, je voudrais faire un peu de raisonnement économique. Si les vidéastes produisent du contenu sans arriver à toucher l’argent pour le faire, c’est que quelqu’un le leur vole, d’une façon ou d’une autre. Et qui à votre avis ?

Eh bien pas Youtube ! Bien que la société appartienne à Google et donc ne soit pas en danger, elle est aujourd’hui financièrement à la limite de la rentabilité. C’est-à-dire que l’argent que Youtube gagne en faisant des pubs compense à peu près le coût (énorme) des infrastructures : serveurs, bande passante, etc. Donc si les vidéastes mangent des patates, ça n’est pas la faute de Youtube.

Alors qui les prive ? Eh bien vous, chers spectateurs. Vous êtes les grands gagnants de l’affaire. Les vidéastes ne gagnent pas d’argent, Youtube ne gagne pas d’argent, et vous, vous profitez gratuitement et en permanence d’un contenu culturel de qualité (et quand je dis « vous les spectateurs », je me mets évidemment dedans, je le suis tout autant que vous !)

Bien sûr, vous allez me dire : mais à la télé c’est pareil, c’est gratuit. Eh bien non : il y a la redevance télé mais surtout, ce qui permet de financer les contenus télé, c’est la publicité. Beaucoup de publicité, énormément de publicité ! Perso je n’ai pas la télé, mais quand il m’arrive de la regarder, je suis estomaqué par la quantité de pub qu’on se bouffe. Il y en a beaucoup beaucoup plus que sur Youtube ! Quand sur Youtube vous regardez 4 vidéos de 15 minutes, avec une publicité « pré-roll » que vous pouvez passer au bout de 5 secondes, vous êtes exposés au total à 20 secondes de publicité pour une heure de vidéo. A la télé, la durée oscille entre 4 et 9 minutes de publicité par heure, suivant les chaînes et les programmes. Soit entre 10 et 30 fois plus de publicité à la télé que sur Youtube. Et encore, je ne compte pas le fait que beaucoup utilisent AdBlock et ne voient même pas la pub sur Youtube.

Je résume : sur Youtube par rapport à la télé, vous (« nous ») les spectateurs êtes les grands gagnants de l’affaire, non pas parce que vous « détournez » l’argent, mais parce que vous profitez du contenu sans payer votre dû en « temps de cerveau disponible » (pour reprendre la célèbre expression de Patrick Le Lay, patron de TF1 à l’époque).

Est-ce un problème ? Non moi je trouve ça plutôt cool. Je ne suis pas fan de la pub, et pouvoir regarder du contenu culturel de qualité sans avoir à payer de sa personne en « temps de cerveau disponible », ça me parait plutôt cohérent.

Mais du coup comment on fait vivre les vidéastes ? Je voudrais proposer trois pistes.

Piste 1 : Faire de la pub, mais mieux ?

Première piste à creuser, faire quand même de la pub, car ça reste le meilleur moyen qu’on ait trouvé de faire un truc gratuit, mais le faire de manière plus intégrée entre la marque et le vidéaste.

Ca pourrait se faire par exemple sous la forme d’une annonce intégrée par le vidéaste lui-même dans la vidéo. Genre je fais une vidéo sur le big bang, et je commence (et/ou je termine) en annonçant que cette vidéo a été sponsorisée par L’Oréal (même si je doute que mes vidéos sur le big bang intéressent l’Oréal !).

Les Américains le pratiquent pas mal (par exemple avec Audible, ou Little Bits que j’ai découvert avec joie grâce à une vidéo de Minute Physics.) Tout cela reste de la pub, mais ça reste la moins mauvaise manière d’en faire à mon sens. Plus agréable pour le spectateur, plus efficace pour l’annonceur, plus lucrative pour le vidéaste.

Piste 2 : Faire payer le spectateur

Autre option : faire payer la visualisation du contenu, d’une façon qui reste à inventer.

Honnêtement, imaginez que regarder une vidéo vous coûte disons 0.5 centimes la minute. Ça veut dire concrètement que par exemple regarder en entier une (excellente) vidéo de Nota Bene qui dure 10 minutes vous coûterait 5 centimes. Est-ce que dans le fond ce serait illégitime ? Trop cher payé ? Est-ce qu’à la fin des fins ça vous gênerait ? Vous regretteriez votre argent ? J’en doute.

Et pourtant avec un tel tarif minime, 0.5 centime/minute, ça rendrait viable financièrement des chaînes avec un nombre d’abonnés et de vues relativement modestes. Sur le plan strictement économique, ce serait royal pour tout le monde. Il faut juste arriver à implémenter le truc et c’est là que ça coince.

Le souci, c’est que nous ne sommes pas des agents économiques parfaitement rationnels. Nous sommes des êtres humains sensibles, émotifs et irrationnels. Et s’il fallait sortir son porte monnaie et mettre une pièce de 5 centimes dans la fente chaque fois qu’on veut voir une vidéo de Nota Bene, il y aurait un blocage. Toute décision économique a un coût psychologique. Et on a pas envie chaque fois qu’on s’apprête à cliquer sur une vignette de se dire qu’on est en train de faire un choix économique. (J’en veux pour preuve d’une manière générale le succès des formules à abonnement et autres trucs « all inclusive », qui au final coûtent plus cher mais sont moins pesants psychologiquement).

Tout ça me fait dire qu’il y a potentiellement un business model différent à inventer. Et encore une fois économiquement il n’y a pas photo, c’est simplement un problème de « design » (au sens large du terme) de comment je fais passer l’argent du portefeuille A au portefeuille B de la manière la plus indolore possible. Pour reprendre mes chiffres, un abonnement de 3 euros/mois donnerait accès à  10 heures de contenu culturel ! Si nos étions des homo economicus rationnels, ça existerait depuis longtemps. Mais comment le faire marcher en pratique pour que « ça passe » : mystère ! Je trouve que c’est une question passionnante et difficile, et celui qui parviendra à y répondre  sera très fort. Que ce soit Youtube lui-même, une plateforme concurrente, ou un nouveau venu sorti de nulle part.

Ce que je trouve intéressant, c’est qu’il me semble que la communauté francophone des vidéastes culturels a juste la bonne taille pour tenter un changement de modèle économique. Suffisamment grande et riche pour que le truc prenne, mais suffisamment petite pour qu’on se connaisse tous, et qu’on soit prêts à se mettre d’accord pour tenter tous (ou presque) une nouvelle expérience.

Perso si j’étais un investisseur avec quelques millions à jouer, je tenterai un coup.

Piste 3 : Le financement public ?

Dernière piste que je voudrais suggérer, le financement public. Pour revenir sur le cas de la télévision, il y a évidemment un tas de voies de financement public. Que ce soit via la redevance ou bien des financements du type CNC. Pourquoi ne pas — en partie — financer les vidéastes culturels avec des fonds publics ? Après tout, j’ai la prétention de considérer que beaucoup d’entre nous font oeuvre de service public.

Évidemment, il ne s’agit pas forcément de transformer les youtubeurs en fonctionnaires d’état, mais on pourrait imaginer plein de choses. Par exemple le CNRS ou les institutions du même genre pourraient passer plus systématiquement des commandes aux vidéastes scientifiques pour parler de tel ou tel sujet.

Bien sûr, pour tout un tas de raisons, on n’a pas forcément envie que les vidéastes perdent leur indépendance et deviennent uniquement des portes paroles officiels de la voie de l’état. Mais d’une part ça fonctionne pas trop mal avec certains médias publics (je pense à Radio France par exemple), d’autre part on pourrait aussi imaginer des trucs alternatifs qui évitent que l’état ne contrôle trop le contenu de ce que les vidéastes produisent.

Par exemple : on a vu que le financement participatif du style Tipeee était assez efficace. Pourquoi l’état ne pourrait-il pas abonder le financement participatif ? Un peu à la façon des organismes agréés (genre « associations d’utilité publique ») pour lesquels les dons sont défiscalisés. Imaginez un truc du genre : chaque fois que vous donnez 1 euro sur Tipeee, l’état ajoute 2 euros à la mise. Cela permettrait de mieux financer la création, tout en laissant indirectement au grand public le choix de la répartition de la manne publique. Évidemment il faudrait régler quelques détails techniques (du genre éviter que l’on puisse se donner à soi-même pour empocher l’abondement !), mais je laisse tout ça en exercice au lecteur.

Voilà, j’ai dis ce qui me passait par la tête. Je ne prétends pas que tout soit intelligent ou mûrement réfléchi, mais la section « commentaires » est ouverte !

 

 

 

 

 

 

Tout sur comment je fais mes vidéos

Il arrive souvent que l’on me pose des questions sur la manière dont je produis mes vidéos; qu’il s’agisse du processus d’écriture, du matériel que j’utilise, des logiciels, des techniques, ou simplement quelques trucs et astuces. Que ce soit pour les curieux, ou bien pour les vidéastes débutants désirant se lancer, j’ai donc décidé de rassembler ici un maximum d’information sur ces sujets.

Cela ne servira à rien pour ceux qui souhaitent apprendre comment faire un court métrage de fiction, mais cela sera peut-être utile à ceux qui souhaitent produire des vidéos dans un style podcast/vlog, c’est-à-dire plutôt en face caméra, tout seul et avec un budget et surtout un temps limité. Lire la suite

Vidéo hors-série : des nouvelles, Tipeee, 2 chaînes et 2 questions

La vidéo de cette semaine est un « hors-série » où je raconte ma vie. Pour ceux qui ont la flemme de regarder et qui préfèrent lire, en gros :

  • Je déménage cet été, je reviens de Boston et m’installe à Paris. L’été sera donc calme côté « vulgarisation », je m’y remets en septembre !
  • Je me suis inscrit sur le site de financement participatif Tipeee. Si vous le souhaitez, vous pouvez soutenir le blog et la chaîne en faisant un (micro-)don sur ma page Tipeee. Merci à ceux qui me soutiennent déjà !
  • Je vous parle de deux chaînes pas assez connues et que j’aime bien : Choux Romanesco (mais vous connaissez forcément déjà son blog) et Motorsport Gigantoraptor.
  • Je réponds au 2 questions qu’on me pose souvent en commentaire…(« c’est quoi tes études ? » et « t’as contacté Bruce de e-penser ? »)

Et enfin toujours pour ceux qui préfèrent me lire que m’écouter, sachez que je continue à bosser pour vous puisque je poursuis toujours l’écriture d’un livre : j’ai l’éditeur, j’ai le contrat, j’ai un premier manuscrit…tout ça prend du temps mais j’avance !

Trêve hivernale

Christmas_bauble_black_and_white En cette période de fêtes de fin d’année, le blog prend quelques semaines de vacances bien méritées ! Rendez-vous en janvier pour de nouvelles aventures !

Si d’ici là vous êtes en état de manque et qu’il vous faut votre billet hebdomadaire, vous pouvez toujours aller faire un tour sur mes vieux billets de la même époque, par exemple :

A l’année prochaine !

Photo : Christmas bauble black and white, David Singleton

Que faire des résultats scientifiques révolutionnaires démontrés par des amateurs incompris ?

goldbachUn des gros avantages du blog, c’est le contact avec les lecteurs. Je reçois par exemple assez souvent des e-mails d’élèves qui me posent des questions sur un de mes billets pour leur sujet de TPE. Et j’essaye toujours de les aider comme je peux !

Mais le genre de messages que je reçois le plus souvent, ce sont ceux des scientifiques amateurs (au sens « dont ça n’est pas le métier ») prétendant avoir démontré un résultat révolutionnaire. Au choix : la conjecture de Goldbach, pourquoi la relativité est incorrecte et Einstein avait tout faux, l’unification de toutes les forces, une réfutation du Big-Bang, etc. En général, l’objet du message est de m’inviter à prendre connaissance de leur théorie ou démonstration, et de les aider à faire éclater la vérité au grand jour.

Il y a quelques temps, un vieil ami (merci Beegee) me demandait ce que je faisais avec ce genre de demandes. En général, je n’en fais rien. D’une part je n’ai pas le temps; d’autre part, en tant que pur produit du système officiel et représentant l’idéologie scientifique dominante, je n’accorde évidemment aucun crédit à une démonstration en 3 pages de la conjecture de Syracuse ou une unification de la cosmologie et de la mécanique quantique qui explique en quelques paragraphes qu’Einstein avait tout faux. Eh oui, je suis comme ça.

Et puis en y pensant, je me suis souvenu d’une vieille idée que j’avais eu pendant ma thèse, à l’époque où je faisais un peu d’enseignement en master de physique. J’avais pensé à proposer comme « projet bibliographique » d’étudier certaines de ces théories révolutionnaires, avec comme objectif de montrer où elles clochaient. Pour les plus grossières, c’est assez facile. Mais pour certaines, c’est beaucoup plus dur ! En effet le diable se niche dans les détails, et parfois certaines de ces constructions font juste un usage incorrect de quelques concepts (l’idée d’énergie, ou de référentiel, ou bien la dilatation du temps, etc.), mais de manière suffisamment bien tournée pour que l’on s’y perde et qu’on finisse par ne pas voir où est l’erreur.

Je pense que pour les mieux écrites de ces théories révolutionnaires (ou de ces démonstrations, pour les cas mathématiques), identifier correctement les erreurs de raisonnement demande d’avoir soi-même vraiment bien compris de quoi on parle, et d’avoir de bonnes notions de ce qu’est une démarche scientifique. Bref, un exercice parfait pour un étudiant de Master par exemple.

Alors voilà mon idée : y-aurait-il dans la salle un responsable de Master qui accepterait de monter un module « déboulonnage de théories révolutionnaires » ? Il me semble que tout le monde pourrait y gagner. Les étudiants affuteraient leur esprit critique, les auteurs de ces théories trouveraient, si ce n’est une oreille bienveillante, en tout cas au moins une oreille. Et bien sûr dans l’hypothèse improbable où la théorie s’avérerait correcte, tout le monde ramasserait le prix Nobel dans la joie !

Si ça marche, je veux bien servir de point de contact pour les théories révolutionnaires qui souhaiteraient se soumettre à l’épreuve.

PS : Pour un cas récent de résultat révolutionnaire démontré par un amateur, il y a le cas de Yitang Zhang dont je parlais dans mon billet sur Hardy-Littlewood. Mais attention, d’une part il s’agit d’un résultat essentiel mais pas non plus au niveau de Goldbach ou Syracuse, d’autre part nous avons affaire à un vrai mathématicien de formation, mais qu’on peut classer dans les amateurs dans le sens où quand il a réalisé sa démonstration, il n’était pas payé pour faire de la recherche mais uniquement enseigner. Pour la petite histoire, il a suivi les circuits classiques de publication et la communauté a sans soucis reconnu son travail !