Que faire des résultats scientifiques révolutionnaires démontrés par des amateurs incompris ?

goldbachUn des gros avantages du blog, c’est le contact avec les lecteurs. Je reçois par exemple assez souvent des e-mails d’élèves qui me posent des questions sur un de mes billets pour leur sujet de TPE. Et j’essaye toujours de les aider comme je peux !

Mais le genre de messages que je reçois le plus souvent, ce sont ceux des scientifiques amateurs (au sens « dont ça n’est pas le métier ») prétendant avoir démontré un résultat révolutionnaire. Au choix : la conjecture de Goldbach, pourquoi la relativité est incorrecte et Einstein avait tout faux, l’unification de toutes les forces, une réfutation du Big-Bang, etc. En général, l’objet du message est de m’inviter à prendre connaissance de leur théorie ou démonstration, et de les aider à faire éclater la vérité au grand jour.

Il y a quelques temps, un vieil ami (merci Beegee) me demandait ce que je faisais avec ce genre de demandes. En général, je n’en fais rien. D’une part je n’ai pas le temps; d’autre part, en tant que pur produit du système officiel et représentant l’idéologie scientifique dominante, je n’accorde évidemment aucun crédit à une démonstration en 3 pages de la conjecture de Syracuse ou une unification de la cosmologie et de la mécanique quantique qui explique en quelques paragraphes qu’Einstein avait tout faux. Eh oui, je suis comme ça.

Et puis en y pensant, je me suis souvenu d’une vieille idée que j’avais eu pendant ma thèse, à l’époque où je faisais un peu d’enseignement en master de physique. J’avais pensé à proposer comme « projet bibliographique » d’étudier certaines de ces théories révolutionnaires, avec comme objectif de montrer où elles clochaient. Pour les plus grossières, c’est assez facile. Mais pour certaines, c’est beaucoup plus dur ! En effet le diable se niche dans les détails, et parfois certaines de ces constructions font juste un usage incorrect de quelques concepts (l’idée d’énergie, ou de référentiel, ou bien la dilatation du temps, etc.), mais de manière suffisamment bien tournée pour que l’on s’y perde et qu’on finisse par ne pas voir où est l’erreur.

Je pense que pour les mieux écrites de ces théories révolutionnaires (ou de ces démonstrations, pour les cas mathématiques), identifier correctement les erreurs de raisonnement demande d’avoir soi-même vraiment bien compris de quoi on parle, et d’avoir de bonnes notions de ce qu’est une démarche scientifique. Bref, un exercice parfait pour un étudiant de Master par exemple.

Alors voilà mon idée : y-aurait-il dans la salle un responsable de Master qui accepterait de monter un module « déboulonnage de théories révolutionnaires » ? Il me semble que tout le monde pourrait y gagner. Les étudiants affuteraient leur esprit critique, les auteurs de ces théories trouveraient, si ce n’est une oreille bienveillante, en tout cas au moins une oreille. Et bien sûr dans l’hypothèse improbable où la théorie s’avérerait correcte, tout le monde ramasserait le prix Nobel dans la joie !

Si ça marche, je veux bien servir de point de contact pour les théories révolutionnaires qui souhaiteraient se soumettre à l’épreuve.

PS : Pour un cas récent de résultat révolutionnaire démontré par un amateur, il y a le cas de Yitang Zhang dont je parlais dans mon billet sur Hardy-Littlewood. Mais attention, d’une part il s’agit d’un résultat essentiel mais pas non plus au niveau de Goldbach ou Syracuse, d’autre part nous avons affaire à un vrai mathématicien de formation, mais qu’on peut classer dans les amateurs dans le sens où quand il a réalisé sa démonstration, il n’était pas payé pour faire de la recherche mais uniquement enseigner. Pour la petite histoire, il a suivi les circuits classiques de publication et la communauté a sans soucis reconnu son travail !

La cérémonie IgNobel 2014

prix IgNobelC’est l’évènement que tout le monde attend chaque fois avec impatience ! Depuis de nombreuses années, la remise de ces prix est devenu le point d’orgue de l’année scientifique, et tout le monde rêve d’en avoir un. Je ne veux pas parler des prix Nobel, mais bien sûr de leurs doubles maléfiques : les prix IgNobel !

Décernés au mois de septembre, ils récompensent « la science improbable, celle qui fait d’abord rire puis ensuite réfléchir ».

C’est jeudi qu’a eu lieu à l’université de Harvard la cérémonie au cours de laquelle les prix sont annoncés et remis aux heureux élus, en général des mains de véritables prix Nobel. Comme j’habite dans le coin, je me suis dit que cette année il ne fallait pas laisser passer ça. Les tickets d’entrée sont partis comme des petits pains, mais j’étais bien préparé. ! Lire la suite