Pour enrayer la violence, faut-il plus ou moins d’armes ?

nra gunCes derniers temps, il semble que les actualités françaises fassent de plus en plus penser à celles des USA. J’entendais l’autre jour à la radio une comparaison entre Marseille et Baltimore dans la série The Wire.

Plus récemment certains tenants de la légitime défense par les armes à feu rappellent immanquablement les arguments que l’on entend aux États-Unis.

Le papier dont je vais vous parler tombe donc à point nommé !

Publié il y a quelques jours dans la revue PLoS One [1], il traite de la loi sur le contrôle des armes à feu et se propose de mettre la question en équations. Une approche qui peut paraître abstraite, mais qui aidera peut-être à clarifier le débat.

L’approche statistique

Avant d’aller plus loin dans les équations, voyons l’approche traditionnelle de la question à l’aide de statistiques. Les termes du débat sont bien connus : d’un côté beaucoup de gens pensent que si l’on restreint la vente libre des armes, on diminue le nombre d’attaques mortelles; de l’autre le lobby américain des armes prétend que si on augmente le nombre d’armes disponibles, cela permettra aux gens de mieux se défendre et limitera donc les morts.

Qui a raison, qui a tort ? Qualitativement, les 2 arguments se valent. Il faut donc essayer de trancher avec des chiffres. J’ai reproduit le graphique ci-dessous à partir du travail de Mark Reid [2], qui a simplement utilisé des données disponibles sur Wikipédia. Le graphique montre le lien le nombre d’armes à feu et les morts par armes à feu dans différents pays :

Morts et possession d'arme dans les pays de l'OCDEBon, la corrélation semble claire. Fin du débat ? Euh en fait non, comme toujours avec les statistiques, il faut regarder les détails. On remarque en effet quelques bizarreries, par exemple : que fait la Suisse aussi mal placée ? Si on creuse on s’aperçoit que ces chiffres donnent les morts par arme à feu en général, en incluant notamment les suicides et les accidents. Si on refait le graphe en se limitant aux homicides, voici ce qu’on obtient :

Homicides et armes à feu pays de l'OCDELa corrélation devient franchement beaucoup moins claire ! Et puis bien sûr, il y a le Mexique qui se balade loin des autres. D’ailleurs ce graphique ne concernait que les pays de l’OCDE (« pays développés » si l’on veut), si on met le Monde entier, il faut changer l’échelle des ordonnées :

Homicides et armes à feu, pays du mondeEuh, n’y aurait-il pas effectivement une corrélation, mais dans l’autre sens ? Est-ce que la National Rifle Association américaine n’aurait pas raison ? Comme vous le voyez, le simple usage des chiffres (qui plus est, tirés de Wikipédia) n’est pas forcément l’approche la plus claire au problème du contrôle des armes.

Modéliser les homicides par arme à feu

En complément des études statistique, deux chercheurs de l’Université de Californie ont eu l’idée d’approcher la question comme un problème épidémiologique. L’épidémiologie, c’est cette discipline qui étudie la fréquence et la répartition des maladies dans la population, et dont les résultats servent aux interventions de santé publique. On peut voir la mort par arme à feu comme une maladie mortelle, et la question des loi sur les armes comme une politique de santé publique, que l’on veut mettre en place pour contrôler cette maladie. Et un des outils des épidémiologistes est justement la mise en équation des phénomènes.

Le modèle défini par les chercheurs se propose de calculer comment la probabilité de mourir lors d’une attaque évolue en fonction de la politique de contrôle des armes. Une politique plus restrictive va diminuer le nombre d’agresseurs potentiels armés, mais va aussi limiter la capacité des agressés à se défendre. Pour dissocier ces deux influences, ils ont considéré les paramètres suivants :

  • Le degré de la politique de contrôle des armes : on note g=0 dans le cas d’une interdiction totale, et g=1 dans le cas de la vente libre. Les politiques intermédiaires sont quantifiées en prenant des valeurs de g comprises entre 0 et 1;
  • Le pourcentage des agresseurs potentiels pouvant se procurer une arme illégalement. Ce paramètre est crucial, car on sait bien que même avec un bannissement total il y aura toujours des armes en circulation.
  • Le pourcentage des agressés potentiels qui vont effectivement se procurer une arme, si on leur en donne la possibilité légale. Aujourd’hui aux USA, on estime qu’environ 30% des ménages sont équipés.
  • Le taux de protection apporté par la possession d’une arme à feu, c’est-à-dire de quel facteur est réduite la probabilité de mourir, du fait que l’agressé possède aussi une arme.

Les conclusions du modèle

Pour ne pas indisposer les réfractaires aux équations, je donnerai seulement plus bas les détails de la modélisation. Et donc avant cela, voici les conclusions de leur modèle.

Tout d’abord la première conclusion est qu’il n’y a que deux politiques qui peuvent prétendre à être optimales : soit le bannissement total, soit la libre circulation totale. Dans le cadre de leurs hypothèses, les politiques intermédiaires sont toujours moins bonnes que les politiques extrêmes. Maintenant la question est de savoir laquelle des deux politiques extrêmes est la meilleure.

Évidemment, cela dépend des valeurs que l’on choisit pour les paramètres que j’ai exposés ci-dessus. D’un côté la politique de bannissement ne peut être efficace que si le pourcentage des agresseurs possédant une arme illégale est suffisamment faible, de l’autre la politique de libre circulation ne marche que si un pourcentage élevé des citoyens exercent effectivement leur droit et s’achètent une arme.

Spécifiquement, les chercheurs démontrent la relation suivante : la politique de bannissement total est optimale si

(Pourcentage des agresseurs se procurant une arme illégalement)

+

(Pourcentage des citoyens se procurant une arme s’ils le peuvent)

< 100%

Dans le cas contraire, ça n’est pas pour autant que la politique de libre circulation est la meilleure ! Cela dépend du degré de protection conféré par les armes à feu. En gros il faut que le fait de posséder une arme diminue significativement vos risques de mourir.

Ces situations sont illustrées sur le graphique ci-dessous tiré de la publication. On représente la probabilité de mourir dans une agression en fonction de la politique de contrôle des armes. Deux cas sont représentés : à gauche le cas où la politique g=0 est toujours optimale, à droite le cas où cela dépend du degré de protection (ce degré de protection variant d’une courbe à l’autre). On voit bien que les politiques intermédiaires sont toujours pire que les deux politiques extrêmes, et que la libre circulation n’est optimale qu’à droite, dans le cas d’un taux de protection élevé (courbes en pointillés).

journal.pone.0071606.g001

Que faire avec ça ?

Surtout, ne rien conclure prématurément ! Dans leur papier, les deux auteurs sont extrêmement prudents, et répètent de multiples fois qu’ils ne prétendent absolument pas recommander une politique plutôt qu’une autre. La principale raison pour cela, c’est que les paramètres du modèle que j’ai listés ci-dessus sont mal connus ou inconnus. L’objectif annoncé de leur travail est donc de poser de façon logique les termes du débat, et justement de plaidoyer pour que l’on s’attaque à la mesure de ces paramètres importants.

Voyons ce que l’on sait sur ces paramètres. Pour le pourcentage des citoyens qui exercent leur droit à posséder une arme, je l’ai dit, il est d’environ 30% aux USA. Pour le pourcentage des agresseurs potentiels pouvant se procurer une arme illégalement, c’est assez difficile à évaluer. La plupart des agresseurs actuels aux USA ont accès aux armes légalement, mais si les armes étaient bannies, beaucoup trouveraient peut-être quand même un moyen de s’en procurer. Les auteurs avancent une valeur de 2%, je les trouve bien gentils. Quant au taux de protection apporté par la possession d’une arme, c’est encore moins clair ! Il se pourrait même que ce taux soit négatif car à partir du moment où l’agresseur voit que sa victime possède une arme, il va être plus enclin à tirer. Bref il y a du travail en perspective pour alimenter ce modèle, et c’est précisément ce que les auteurs espèrent provoquer.

Billets reliés :

Pour une approche mathématique des problèmes épidémiologiques : propagation d’épidémies et graphes aléatoires.


Pour aller plus loin : raffinements et critiques

Il paraît qu’aux USA, ce sujet est tellement sensible que ce papier a dû avant publication passer le filtre de pas moins de 11 referees ! Et pourtant, il me semble que le modèle proposé par les auteurs manque d’un ingrédient crucial que je ne crois pas avoir lu dans leur discussion. Les deux chercheurs partent du principe que le nombre d’agressions est fixe, et modélisent la probabilité que ces agressions se soldent par un homicide. Ils ne prennent donc pas du tout en compte l’effet préventif dissuasif d’une large proportions d’armes à feu dans la population. Or il me semble que c’est le principal argument des gens de la NRA : si tout le monde a un flingue, les agresseurs potentiels ne se risqueront plus à attaquer. Ca doit d’ailleurs être intéressant à modéliser dans la perspective épidémiologique, car j’y vois un effet analogue à celui des vaccins : même si je n’ai pas d’arme, le fait que tous les autres en aient une augmente ma sécurité car dissuade les agresseurs potentiels. On doit même pouvoir modéliser des phénomènes de seuil.

Pour ceux qui aiment les équations, voici sommairement le modèle du papier : les auteurs notent h le pourcentage des agresseurs pouvant posséder une arme même en situation de bannissement total. Si g désigne la politique de contrôle des armes (g=0 est le bannissement total, g=1 est la libre circulation), ils posent alors que le pourcentage des agresseurs possédant une arme

g+h(1-g)

Ensuite on calcule le pourcentage des citoyens possédant une arme. Si c le pourcentage des citoyens qui vont se procurer une arme s’ils en ont le droit, et g désigne la part des citoyens qui ont ce droit, le pourcentage des gens qui effectivement en possèdent une est donné par le produit cg. On calcule ensuite la probabilité que la victime meure si l’agresseur est armé, en séparant le cas où la victime est armée (probabilité de mourir \beta_1) et le cas où elle ne l’est pas (probabilité de mourir \beta_2). On obtient au global pour la probabilité de mourir si l’agresseur est armé

\beta_1(1-cg) + cg\beta_2

La probabilité totale de mourir est alors le produit des deux termes ci-dessus :

(g+h(1-g))(\beta_1(1-cg) + cg\beta_2)

et c’est à partir de cette expression que les auteurs tracent leurs différentes courbes. Le degré de protection apporté par les armes étant le rapport \beta_2/\beta_1.

Les auteurs discutent dans leur papier l’extension à des lois moins linéaires que celles qu’ils ont choisit ci-dessus, et aussi la relaxation de certaines hypothèses, comme le fait qu’actuellement ils considèrent comme distinctes la population des agresseurs et des agressés (ce qui n’est probablement pas le cas à Marseille).

Autre subtilité, les politiques publiques peuvent aussi influer sur la valeur de certains paramètres comme h et c. Ainsi on peut imaginer à la fois pratiquer une politique de libre accès aux armes (g=1) tout en jouant sur la valeur du paramètre c en faisant des campagnes de pub pour encourager les citoyens à acheter et porter des armes !

Enfin dernière observation : il y a quelques jours un autre papier [3] est sorti sur une approche statistique du problème. Ils se focalisent sur les USA et comparent les différents états. C’est utile car si le taux de possession moyen est de 30%, il y a des grandes disparités géographiques. Par exemple il grimpe à 75% dans le Mississipi ! Dans ce papier, la liste des facteurs pris en compte outre le taux de possession d’armes donne le vertige : pyramide des âges, pourcentage de noirs et d’hispaniques, revenu, inégalités de revenus, taux de chômage, niveau d’éducation, taux d’urbanisation, alcoolisme, taux de divorces, nombre de permis de chasse, etc. Cela montre bien la complexité socio-économique de la question !

[1] Wodarz D, Komarova NL (2013) Dependence of the Firearm-Related Homicide Rate on Gun Availability: A Mathematical Analysis. PLoS ONE 8(7): e71606

[2] Mark Reid, Gun Deaths vs. Gun Ownership

[3] Michael Siegel, Craig S. Ross, and Charles King III.  (2013). The Relationship Between Gun Ownership and Firearm Homicide Rates in the United States, 1981–2010. American Journal of Public Health. e-View Ahead of Print.

30 réflexions sur “Pour enrayer la violence, faut-il plus ou moins d’armes ?

  1. Peux t’on vraiment considérer comme lié le nombre d’arme et le nombre de mort par balle. Le graph mondiale le montre bien. Il y a l’aspect demain démocratique ( répression par balle de la police ou agent de sécurité à la gachette facile) le niveau de pauvreté qui augmente l’insécurité faute de trouver un boulot et une source de richesse‚ le niveau d’inégalité)
    C’est à mon avis le problème de ce débat qui a lieu aux USA et qui est cadré par la NRA. On se limite à des débats nombre d’arme vs nombre de mort. A mon sens, c’est juste pas déterminant‚ ca n’explique rien. Ça permet juste d’éviter de poser des questions du genre : la violence à Detroit n’a t elle pas augmenté avec la fermeture des usines et ford ? Et la baisse des allocations sociales suite à la faillite ne va t elle pas augmenter le nombre de bracquage.

  2. Pingback: Pour enrayer la violence, faut-il plus ou moins...

    • Oui c’est une des variantes possibles considéré par les auteurs. C’est ce que je soulignais en disant que dans leur travail, la population des ‘agresseurs’ est considérée comme distincte de celle des agressés.

  3. On voit tout de même entre le premier et second graphe que la moitié des morts sont dues à des accidents.

    On sait donc donc que plus il y a d’arme plus il y a de morts « bêtes » par accidents, c’est un gain important pour les pays « non armés ».

    Ensuite il faudrait connaitre le nombre de morts évités grâce à l’action des individus armés hors police. Ce facteur est par définition non déterminable mais je me demande si on peut avoir un ordre de grandeur ? Je doute que cela contrebalance les morts par accidents.

    Vient ensuite la remarque classique du « ce n’est pas les armes qui tues mais les hommes qui les portent ». C’est vrai car on voit que la Suisse qui par son service militaire spécifique a juste 2 fois moins d’arme qu’au USA mais beaucoup moins de mort. C’est ce me semble une différence de mentalité, pour le suisse l’arme n’est pas pour son auto défense et malgré sa disponibilité n’est pas utilisé à tord et à travers. Aux USA l’arme est là pour être utilisée.

    • Pour les deux premiers graphes, l’écart entre « morts » et « homicides » provient en fait majoritairement des suicides plus que des accidents.

      Par exemple pour la France le chiffre total de 3 se décompose en 0.22 pour homicides, 2.33 pour suicides, 0.05 pour accidents et 0.41 ‘indeterminé’.

      Pour les USA le 9 se décompose en 2.98 homicides, 5.75 suicides, 0.27 accidents.

      Les données proviennent du travail de Mark Reid que je cite :

      http://mark.reid.name/bits/guns/data/deaths.csv

      Mais je suis bien d’accord qu’il doit y avoir clairement une différence de perception culturelle !

      C’est en ce sens que l’étude stat que je cite en [3] est intéressante, puisqu’elle compare les différents états des US (encore qu’il y ait aussi de grosses différences « culturelles » entre l’Alabama et le Massachussets !!)

  4. Je suis curieux de voir un zoom (ou une échelle log) du graphe « Homicide par armes à feu, pays de l’OCDE ».
    J’imagine que vous n’y avait pas vu de corrélation évidente sinon vous en auriez sans doit parlé.

    Mais il serait étonnant qu’il n’y ait pas de corrélation sur un graphe « Suicides par armes à feu » !

    • En effet la corrélation arme à feu / suicides par armes à feu est considérée comme avérée. A tel point que dans le papier [3] que je cite, comme ils n’ont pas accès au taux de possession d’armes par état et par année, ils prennent le nombre de suicides comme un « proxy » pour le taux de possession !

      • Donc finalement, vu le ratio entre suicides/homicides : dans tout les cas il vaut mieux limiter drastiquement le nombre d’arme à feu. Sauf si on considère que les suicides auraient lieu avec d’autres moyens aussi efficaces (mais d’après ce que j’ai pu lire le taux de réussite des suicide est assez faible).

      • Oui c’est un point sur lequel je n’ai rien lu : est-ce que limiter la disponibilité des armes à feu limite les suicides, ou les « déplace » vers un autre mode. Il faudrait comparer les suicides par les différents modes dans différents pays, je ne sais pas si ces données existent.
        Ensuite si la relation existe, il faut voir si le législateur peut arriver à restreindre le contrôle des armes à ce seul motif (il faudrait regarder le cas de la Suisse, tiens !)

  5. Bonjour,

    Intéressant papier. Il me semble avoir lu un jour pas si lointain que les propriétaires d’armes à feu aux USA n’étient objectivement pas protégés par le fait de porter une arme car les circonstances des agressions dans la majorité des cas ne leur permettaient pas d’en faire usage.

    Et c’est une donnée – fondamentale – qui manque je pense dans cette approche : elle nécessiterait un aspect « qualitatif » en plus du « quantitatif ». Autrement dit, il faut à partir d’une étude de cas réels faire ressortir le nombre d’agressions/homicides par arme à feu qui ont été évités (ou se sont terminés positivement) grâce à la possession d’une arme à feu par la victime.

    Bien que les paramètres de l’étude ne soient pas publiés ici, je doute fortement que ce facteur primordial ait été inclus dans ce qui semble être une approche très théorisante.

    Petite démonstration en pensée : pour être effectivement protégé (éviter un homicide) d’une agression mortelle par arme à feu par le moyen d’une arme à feu, il faut :

    1. Que vous portiez l’arme à feu sur vous ou la gardiez à proximité immédiate en permamence (la balader du tiroir de la chambre à la salle de bains, la cuisine, dans la voiture ou le métro, au bureau, au restaurant, au théâtre, etc).
    2. Qu’elle soit prête à l’emploi (chargée).
    3. Que vous vous en serviez avant l’agresseur, c’est à dire grosso modo que vous ayiez dégainé avant lui/elle.
    4. Que vous parveniez à viser / touchiez votre agresseur. Dans le feu de l’action, sous le coup d’une forte émotion / adrénaline. Même les policiers, entraînés, sont loin d’y parvenir).

    Ha ha. Très légèrement improbable, non ? (ironie inside)

    L’on peut compléter le scenario avec les problèmes pénaux engendrés par le fait de tirer sur quelqu’un avant d’être menacé (puisqu’il faut tirer avant, en gros), ainsi que sur la probabilité haute de toucher quelqu’un d’autre que l’agresseur (balles perdues, et « Dieu » sait qu’il y en a avec les armes semi-automatiques), ce qui au final pourrait avoir l’effet inverse : moins de morts directes (en supposant déjà que 1+2+3+4 s’appliquent…), mais plus de victimes indirectes tuées par ceux/celles qui se « défendent ».

    Bref, pour revenir sur mon incipit, je crois que l’élément fondamental, oublié par la plupart des débatteurs (et notamment du lobby NRA), est celui des circonstances des agressions. Une étude poussée basée sur des études de cas (elle existe peut-être ?) montrerait que dans l’immense majorité des homicides les circonstances font que la possession d’une arme à feu n’aurait rien changé au résultat.

    Et que donc, la liberté de s’équipper en armes à feu profitent avant tout aux agresseurs.

    • En principe, cet aspect là des choses est bien considéré dans le modèle des auteurs à travers le « taux de protection » apporté par l’arme.

      C’est ce que figurent en gros leurs paramètres « beta1 » et « beta2 », qui représentent la probabilité de mourir lors d’une agression, suivant que l’on possède ou pas une arme. Et ils ont justement un assez long paragraphe où ils débattent de savoir si ces deux probabilités sont vraiment différentes. Ils concluent que c’est loin d’être évident; et votre analyse va aussi dans le même sens.
      Comme je le mentionne au passage, les 2 auteurs avancent même la possibilité que les probabilités soient inversées : si vous dégainez une arme, vous avez plus de chance d’être abattu que si vous n’en avez pas du tout.

      • Prennent-ils en compte le fait qu’en tuant un agresseur, même si les probabilités sont contre lui, l’agressé élimine de la population un individu statistiquement plus dangereux que les autres ?
        Blessé, même légèrement, un agresseur sera rendu plus facile à intercepter par la police, et rendu inopérant. Il me semble que ces deux effets ne sont pas pris en compte dans le modèle que vous exposez ici.

  6. Je rajoute un commentaire débattable sur l’interprétation des graphiques Morts par armes à feu et Homicides par armes à feu.
    Dire que la corrélation « liberté de s’équipper en armes à feu » vs « interdiction » est faible voire inversée quand on regarde le graph mondial ne me semble pas juste. en effet, tous les pays ne sont pas comparables entre eux !

    Je m’explique (je fais ça vite approximativement, merci de rectifier si je me trompe ou oublie un détail) :

    Pays présentant un grand nombre d’homicides rapporté au nb d’habitants =

    El Salvador, Honduras : présence de cartels de drogue, Etat pauvre à autorité faible (Police faible, Justice faible), Histoire récente violente.
    Jamaïque : Etat pauvre à autorité faible (Police, Justice), traffic de drogues.
    Swaziland : Etat pauvre à autorité faible (Police, Justice), problèmes sociaux majeurs.
    Colombie : Guérilla active (larges zones non contrôlées par l’Etat), traffics de rogues.
    Brésil : Nombreux gangs peu contrôlés, traffics de drogues, « zones de non droits ».
    Panama : traffics de drogues, Histoire récente violente.
    Mexique : cartels ultra violents et traffic de drogues.
    Philippines : Guérilla active (zones non contrôlées par l’Etat), Etat pauvre à autorité faible (Police, Justice).

    Point commun : aucune nation développée à fort Etat de Droit (le Brésil s’en extirpe mais n’a pas fini loin s’en faut).

    A l’oppposé, quel est le premier pays développé (et pas qu’un peu !) à fort Etat de Droit (et pas qu’un peu !) et de loin en terme de taux d’homicides ? Les USA, pays développé où la législation sur l’acquisition d’armes à feu est la plus permissive.

    Je vois donc, moi, une forte corrélation, une fois qu’on remet les choses en perspectives comme elle se doivent.

    Pour simplifier encore, on peut reformuler:
    – Pas ou peu d’Etat de Droit / Police faible / Justice faible (même si sur une portion de territoire seulement) + armes à feu = beaucoup d’homicides par armes à feu.
    – Etat de Droit / Justice forte / Police forte + armes à feu = beaucoup d’homicides par armes à feu.

    Cherchez le point commun.

    Cordialement,

    • Quand je dis que la corrélation semble inversée sur le graphe où on prend en compte tous les pays (et pas que l’OCDE), mon intention est ironique / 2ème degré 🙂 ! Pardon si ça n’était pas assez explicite !

      Je voulais montrer comment un changement de données de base peut changer la conclusion apparente, mais il est bien claire que ne prendre que les pays de l’OCDE est une meilleure approche que de prendre tout le monde ! Il y a évidemment plein de facteurs confondants qui influent sur la relation, et donc se limiter à l’OCDE permet d’en éliminer un paquet. Ton analyse sur la force de l’état de droit correspond exactement à un de ces facteurs confondants.

      Les auteurs de la publi [3] éliminent encore un peu plus de facteurs confondants, puisque 1) ils se limitent aux USA, 2) ils prennent en compte l’influence de tout un tas d’autres facteurs socio-économiques.

      Pour les courageux, j’ai écris ce billet sur l’influence des facteurs confondants dans les analyses statistiques : https://sciencetonnante.wordpress.com/2013/04/29/le-paradoxe-de-simpson/

      • Hum, j’avoue que l’ironie m’avait échappé, mes excuses – je mettrai ça sur le compte d’une lecture peut-être trop rapide et en conclus que le bureau n’est pas forcément le meilleur endroit pour lire des articles nécessitant concentration et relecture(s).

        Le lien sur le paradoxe de Simpson est très instructif, merci. On aimerait bien, d’une manière générale, ne plus entendre aucun chiffre balancé par homme ou une femme politique sans dossier explicatif bétonné complet à la main pour pouvoir être revu et critiqué.
        Je sais, ça emm*****ait les foules et casserait le rythme journalistique haletant nécessaire pour conserver son lectorat/audimat.

    • le probleme dans votre constat est que vous prenez les USA dans leur ensemble. Alors que d’un état à un autre la legislation peut etre diametralement opposée. Comparez plutot les statisques du texas VS etat de new york par exemple, et là les bases de travail seront plus realiste

      • je disais ca pour zentak suite à ça » Les USA, pays développé où la législation sur l’acquisition d’armes à feu est la plus permissive. »

  7. Pingback: Pour enrayer la violence, faut-il plus ou moins...

  8. Et si un bon moyen de se protéger pour les français était de mettre un petit autocollant sur sa porte ou fenêtre indiquant : « Attention danger de mort, nous sommes armés ! » (évidemment sans avoir réellement d’arme à feu), et comme ça pas d’accident mortel et suicide plus compliqué…

  9. ce que beaucoup d’antiarmes ne comprennent pas c’est que la légisaltion sur les armes à feu aux états unis n’est pas du tout uniforme (elle dépent de chaque état mais aussi des comté et des municipalités). si vous enlevez les homicides, l’europe a un taux de criminalité plus élevé que les usa. http://www.contrepoints.org/2012/08/14/93643-taux-de-criminalite-plus-eleves-en-europe-quaux-usa
    Sur la liste du nombre relatif de meurtres par habitant, les USA sont 3ème en partant du haut. Guère glorieux.
    Cependant, si vous décomptez Chicago, Washington D.C., Détroit, et La Nouvelle Orléans, les États-Unis chutent à la 4ème place… en partant du bas de la liste !
    ces 4 villes ont toutes au moins 2 points en commun :
    1) Elles ont été sous contrôle politique de gauche depuis au minimum 50 ans, et,
    2) C’est dans ces villes que l’on retrouve les lois les plus sévères quant au ‘gun control’. les usa sont un cas très intéressant à étudier car la législation d’armes n’est pas du tout uniforme elle dépent d’un état à l’autre et même d’une ville à l’autre. En Amérique depuis 20 ans il y a de plus en plus d’armes entre les mains des citoyens, et le taux de crime ne cesse de baisser. http://www.dreuz.info/2014/07/etats-unis-nombre-de-permis-de-port-darmes-en-hausse-crimes-en-baisse/

  10. Pingback: TES Débat sur les armes à feu | Pearltrees

  11. Bonsoir, et merci pour cette étude, très intéressante.
    Vouloir introduire la science pour analyser de façon clinique cette problématique est une démarche louable, parce que cela permet d’introduire de l’objectivité dans un débat généralement complètement faussé par des questions idéologiques.
    Deux séries de remarques critiques cependant :

    1 / D’un point de vue méthodologique :
    – La question est mal posée, ou la réponse n’est que partielle :  » pour enrayer la violence, faut-il plus ou moins d’armes à feu ?  » Or vous répondez ou essayez de répondre à la question :  » pour enrayer la violence par arme à feu, faut-il plus ou moins d’armes à feu ? « . En effet, en n’incluant pas les violences à mains nues, ou avec armes autres qu’à feu, vous occultez un aspect important de la problématique : y a-t-il besoin d’armes à feu pour réaliser une action violente sur autrui ? Du coup, on ne sait pas, dans votre étude, si dans les pays à législation restrictive, l’éventuelle faiblesse de la violence par arme à feu n’est pas compensée par une importance plus grande des violences par arme blanche, ou sans arme.
    – Vous n’étudiez que les homicides, mais il y a aussi des blessés, par arme à feu comme par d’autres moyens. Vous occultez ainsi un paramètre immaîtrisable : l’efficacité de l’action violente, qui est liée à bien d’autres paramètres en plus de celui du moyen utilisé.
    – vous partez du principe que les politiques publiques sont efficaces. Cela reste à démontrer. La restriction du droit des citoyens à détenir des armes n’a pas d’effet direct sur la violence, parce que cette restriction ne réduit que le nombre des armes LEGALEMENT détenues. Sans une action répressive efficace de nature à éradiquer le phénomène de la détention illégale d’armes, qu’aucun gouvernement n’a jusqu’ici réussi à mettre en œuvre, la restriction du droit à l’armement n’aboutit qu’au désarmement des personnes respectueuses des lois.

    2 / D’un point de vue moral : la science a ses vertus, mais le sujet est essentiellement moral. Dans cette perspective, d’autres questions doivent être soulevées :
    – vous comparez des niveaux d’homicide par arme à feu. Le négatif, d’un point de vue moral, dans cette étude, c’est l’arme à feu. Or celle-ci n’est qu’un objet inerte. Vos conclusions scientifiques ne prennent pas en compte un aspect essentiel de ce questionnement de politique publique : la mort est-elle injuste ou pas ? Tous les Etats du monde reconnaissent, au minimum, à leurs ressortissants le droit à une légitime défense proportionnée face à une agression injuste. Vos statistiques n’intègrent pas cette donnée. Or, d’un point de vue moral, on peut (on devrait !) considérer qu’il vaut mieux avoir 100 agresseurs tués par une arme à feu utilisée en légitime défense qu’un seul innocent tué au couteau par un junky en mal d’héroïne.
    – la vraie question, à laquelle il n’est pas répondu, parce qu’il n’est pas possible d’y répondre d’un point de vue purement scientifique, est la suivante : le droit pour les citoyens honnêtes d’un pays de détenir des armes à feu pour défendre leurs biens, leurs proches, leur mode de vie, face à des agressions injustes, est-il plus important que l’idéal d’un l’homme qui serait naturellement bon et que la pédagogie et la redistribution des richesse pourraient amadouer ? L’Etat est-il capable de garantir la sécurité de chacun de ses administrés ?

    Je vous laisse, pour répondre à cette interrogation, méditer cette phrase de Benjamin Franklin, un dangereux dictateur, intellectuellement limité et honni dans le monde entier : « une société qui est prête à abandonner une part de liberté contre une promesse de sécurité, ne mérite ni l’une, ni l’autre, et finira par perdre les deux ».

    La détention d’armes à feu est un droit fondamental du citoyen, ses limitations ne peuvent résulter que de la dangerosité ou de la nocivité avérées d’un individu.

  12. ça change du simplisme avec lequel le droit aux armes est traité chez nous. néanmoins le postulat de départ est inexacte plus ou moins d AAF pour plus ou moins de violence laisse croire que seule les AAF sont génératrice de violence. Dans la partie arme il faut distinguer 3 groupes les armes légales détenues par des particuliers, les armes légales détenues par le pouvoir en place et les armes illégales détenues par des criminels….il faudrait même considérer un quatrième groupe les armes illégales détenues par des groupes en opposition avec un pouvoir en place perçus comme illégitime.
    Les lois qui ont la prétention de réduire la proportion d’AAF ne s’attaquent qu’au groupe 1 il est donc injuste de prétendre imputer à ce groupe les violences des groupes 2 et 3.

  13. aux USA ce qu’il y a de bien c’est que les statistiques sont publiques et qu’on n’a pas interdiction de mesurer selon certains paramètres.
    Et ce qu’il ressort des morts par armes à feu, c’est qu’elles sont majoritairement le fait d’afroaméricains qui tuent des afroaméricains dans les banlieues des grandes villes démocrates.
    Alors que la possession d’armes à feu est majoritairement le fait de caucasiens qui vivent dans des comtés républicains hors des métropoles.

    En fait si on restreint la population US aux non afroaméricains, les taux d’homicides sont équivalents à ceux de l’Europe occidentale, alors que les taux de possession d’armes à feu sont très différents. De même en Europe entre la Suisse (où tous les suisses ont leur fusil du service militaire) et le Royaume Uni (où la possession d’armes est très contrôlée même les policiers n’en ont souvent pas) il y a des taux de détention très variables et pourtant les taux d’homicides sont relativement constants sur l’Europe de l’Ouest.
    Et si on restreint la population US aux afroaméricains, les taux d’homicides sont équivalents aux DOM TOM français (Guyane et Antilles en particulier).

    Ce n’est donc grossièrement pas un problème de possession d’armes, mais social, qui a une origine culturelle ou liée à la pauvreté plus importante de ces communautés. Mais comme ce n’est pas politiquement correct, on ne le dit pas, on préfère continuer dans ces affirmations grotesques des médias français comme quoi c’est lié à la circulation des armes, comme si on luttait contre l’insécurité routière en interdisant les voitures…

    • Je plussoie votre commentaire. Un grand pan des sciences sociales est biaisé par le politiquement correct. Il a été prouvé (travaux notamment de Rushton) que le degré de violence, lié notamment au taux de testostérone, est fortement influencé par l’appartenance à tel ou tel groupe ethnique. Et ce même une fois exclu l’environnement, les conditions socio-économiques : c’est-à-dire qu’il s’agit d’un caractère (partiellement) héritable, génétique. C’est vrai pour le degré de violence mais ça l’est aussi pour quantité d’autres variables physiologiques (Rushton en dénombre une soixantaine, de la forme de certains os au nombre d’homozygotes par grossesse, en passant par le QI). Tant qu’un nouveau paradigme en sciences sociales n’émerge pas, qui prendrait en compte ces faits de façon centrale sans aucune considération morale, il faudra toujours rester circonspect avec ce qu’on lit. Un peu comme on aurait dû prendre avec des pincettes une tentative d’explication scientifique (je suis sûr qu’on en a trouvé) de l’avance du périhélie de mercure qui ne prendrait pas en compte la relativité générale !…

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